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Programme
SECURITE INSECURITE quel thème politique ?
Où chômage, inégalités sociales, exclusion de l’espace de citoyenneté s’alimentent et provoquent les violences. Est-ce même un thème politique ? et dans ce cas à quel titre ? en tout cas ce fut et cela reste un sujet à vives polémiques entre la droite et la gauche, au cours des présidentielles, chaque camp accusant l’autre d’être responsable de la situation actuelle, de la multiplication des violences un peu partout jusqu’au fin fond des campagnes les plus paisibles.
Ce fut une aubaine pour les médias qui s’en sont donné à cœur joie pour
effrayer et fasciner le bon peuple ; les faits divers habituels des journaux
régionaux ou de proximité ont ainsi acquis la dignité d’un phénomène de
société. Et en raison de la ressemblance entre les formes de violence
dans les banlieues populaires à forte population d’origine immigrée,
c’est vite devenu l’argument massue de la part de l’extrême droite ; c’est
« la France aux Français » slogan si réconfortant.
C’est aussi « les jeunes », catégorie sociale particulière, générationnelle
en perpétuel glissement, turbulente, s’il en est, et d’autant plus difficile à
gérer qu’il y a eu pour chacun de nous un moment où nous fîmes tous
partie de cette catégorie que nous connaissons bien de l’intérieur ; nous
avons, pour beaucoup, des enfants qui grandissent et nous recevons de
plein fouet, non sans étonnement, ce retour du bâton, des difficultés, des
soucis, des peurs que nous avons nous-mêmes causées à nos parents.
Nous avons pour beaucoup aussi poussé un ouf ! de soulagement si
nos enfants s’en sont sortis, sans drogue, sans (psycho)drame, sans
conflit trop grave ni irréparable, sans échec ; si nos enfants ont un métier,
une situation, si le problème de l’enchaînement des générations a fini
par se résoudre. La parentalité est une fonction pleine de risques et le
passage à l’âge adulte, dont nous portons une part de responsabilité
(mais pas seulement nous, le type de société dans lequel nous sommes
plongés, dont nous sommes dépendants,en est l’autre facteur essentiel),
est un phénomène individuel et collectif. Fait de dangers, d’incertitude,
de joies et d’angoisses., l’homme n’est pas un être simple.
Certains regrettent la perte de l’Autorité. Mais le Vieux monde est
derrière nous ! les règles d’autorité sont caduques, telles qu’elles étaient
pratiquées, il y a cent ou cinquante ans. Le père qui chasse son fils de la
maison parce qu’il rentre à minuit et demi au lieu de onze heures, celui
qui chasse sa fille enceinte aussi, est un modèle mort. la mère soumise
et dévouée seulement à sa progéniture. Depuis trente ans,
Parents,hommes femmes et enfants font partie à part entière de la
société et s’avancent ensemble en en partageant les aléas et les
métamorphoses. De multiples raisons historiques sont à l’origine de
cette mutation et il est comique de voir les auteurs de mai 68 s’insurger
contre cette période d’où, paraitrait-il, jaillit le laxisme, cause de tous nos
maux. À moins que ce ne soit les détracteurs du même mai qui
n’assouvissent leurs rancœurs de n’avoir pas osé le vivre et qui sont
frustrés. On oublie trop vite cet acquis inestimable et inépuisé, la vie, la
liberté, et le fameux « il est interdit d’interdire », si mal compris, le plus
souvent à contresens, où il faut plutôt voir : suscitez les initiatives, (et pas
seulement marchandes), la créativité, la confiance en soi, cette fierté
libertaire (et pas seulement libertine), au lieu de peser sur autrui par
l’autorité, la peur, la soumission.
Mais il faut faire une remarque d’importance ; ce « nous » que j’utilise, il
correspond à quoi ? à quelle catégorie sociale ? à la classe moyenne,
aux cadres supérieurs et moyens, aux petits commerçants ou petits
entrepreneurs, à tous ceux qui ont reçu au moins l’éducation primaire, qui
ont acquis une assise sociale et culturelle par le brevet et le bac, ou sur
le tas, aux autodidactes, tout ce ballon de la montgolfière qui forme un
peuple dans un pays à peu près en équilibre, sur des valeurs plus ou
moins communes. Même la classe ouvrière en général, elle, qui a dû se
frayer son chemin toute seule ou à l’aide du PC (je ne parle pas des
intellos du PC français, celle qui pensait pour les ouvriers pour lui donner
sa conscience de classe) a eu sa propre culture qui laisse encore des
traces dans les noms de rues ou de quartier populaires, ses traditions
qui n’étaient pas si différentes de celle de la « bourgeoisie » qu’elle
voulait en fait rattraper. Cela manquait peut-être d’imagination, mais la
machine tournait et les moules reproduisaient les règles en usage chez
les nantis, les classes aisées. Morale laïque ou religieuse (mais sans
grande différence quant aux valeurs de base) chez les premiers, morale
purement laïque chez les seconds (les principes révolutionnaires n’étant
pas applicables à la vie courante, comme se faire justice soi-même ou
voler des biens ou se livrer à des actes de violence individuels).
Depuis près de trente ou quarante ans, nous en sommes arrivés à un
contexte tout à fait différent, et qui suit un modèle encore mal défini. Ces
trois noyaux durs qui le définissent sont en tout cas des corrélats : ce
sont les points qui préoccupent tout le monde : la violence (ou la sécurité
des autres) ; le chômage (ou la sécurité pour soi-même et les siens,
pour le présent et l’avenir) ; le social, c’est-à-dire l’équilibre social perdu,
le triomphe de l’injustice sociale, l’éclatement des relations sociales
fixées par des règles du jeu connues et acceptées (le conservatisme :
chacun à sa place, ou le passage d’ une classe à l’autre par une lente
ascension), ou un état de tension et de lutte déclarées mais canalisées
par une idéologie. Insécurité et peur de la chute sociale sans filet dans
l’économie de marché, la mondialisation, la priorité donnée aux
bénéfices, la précarité ou l’absence du travail. Et surtout l’absence du
moindre espoir de changement significatif à l'échelon personnel.
On voit bien que ces trois problèmes doivent être bien définis,cernés et
no pas traités l’un isolément des autres.
Ce phénomène s’est déjà passé dans l’histoire, il y a eu en France, dans
les excès de pauvreté, les famines, la lourdeur insupportable des impôts,
des jacqueries (puisque jacques était synonyme de croquant, de paysan,
de gueux, « les jacques ») ; il y a eu des grèves, des manifestations, qui
ont un jour obtenu leurs droits propres ; il y a eu à un moment enfin la
Révolution, la particularité française. Une explosion devenue consciente
de ses possibles concrets et théoriques, effervescente et organisée. En
sont sorties de nouvelles règles du jeu, avec les fameux principes :
liberté, égalité, fraternité.
Et puis cahin caha, une suite avec des retours en arrière, des
égarements des avancées soudaines des tâtonnements des progrès.
C’est cela l’histoire de la république et de la démocratie, c’est-à-dire des
formes politiques acquises par le peuple et les classes moyennes, qu’il
faut sans cesse défendre, améliorer, avec mesure, un constant esprit
critique, et ce, dans une conjoncture de plus en plus mondiale, et dans
une émergence de l’être humain (je sujet/ je social se construisant
lui-même et construisant la structure où il vivra et vivra avec les autres
Que l’homme soit un chantier jamais achevé, nous ne cessons de le
dire, et nous envisageons cet état de fait sous l’angle positif,
l’homme en train de se créer, mais il faut aussi en examiner l’aspect
sombre et destructeur. S'il y a échec,si l’homme n’est pas,pas encore ou
plus, en état de se créer et porter en lui le sens des valeurs, c’est-à-dire
de créer un sens à sa vie, il se fourvoie, se désespère, devient cynique, et
commet des actes asociaux à l’égard d’autrui ou l’égard de lui-même, y
compris la violence, le viol, le meurtre ou le suicide ; ce passage à l’acte
peut être solitaire, organisé en bandes ou tout à fait organisé en réseaux,
à un autre niveau, en maffias, ou en contre-culture destructrice des autres
et d’elle-même
Le travail qui peut et pourrait devenir plus encore une expression de soi,
de ses talents, de ses goûts, de son sentiment d’appartenance à une
communauté, de celui de son utilité au bien commun, de sa fierté, devrait
être un droit absolu et assuré par la puissance politique qui doit contrôler
une économie folle livrée à elle-même. Une activité justement rémunérée
et assurée. Seule une social démocratie véritable mieux encore bien sûr
qu’un libéralisme sérieusement contrôlé peuvent progressivement
modifier la situation actuelle indigne d’un peuple qui a une si longue
histoire.
LES MAUVES PROPOSENT donc
S’agissant de la sécurité de penser au double sens de ce terme ; de la
sécurité des personnes et des biens face à l’agression.
Oui, à des sanctions devant les infractions, délits et crimes, où qu’ils
soient commis. Il n’est pas permis de commettre des actes de violence
dans quelque circonstance que ce soit, ni de se faire justice soi-même
PARCE QUE c’est la base de toute civilisation, et d’un Etat de droit, où
l’espace de liberté est un espace protégé par les lois. Il ne doit pas y
avoir de zones de non droit. Cette liberté d’expression, d’aller et de venir,
etc (tout ce qui est contenu dans la Déclaration des Droits de l’homme). il
faut « savoir imposer au nom de la liberté » et rappeler que « la loi
protège le plus faible ». Ne nous laissons pas impressionner par les
accusations qu’on va nous faire dans ce climat empoisonné
intentionnellement.
MAIS
A CONDITION que chaque citoyen (ou habitant) de ce pays soit
réellement informé de la loi, donc que l’éducation
( une éducation commune à tous, obligatoire et une éducation continue)
porte le message, clairement d’une façon accessible à chaque habitant
de ce pays
A CONDITION que le droit au travail soit assuré et ne soit plus seulement
dépendant de la conjoncture mondiale dite de dégraissage ou de
restructuration ;
À CONDITION que le respect des personnes hommes et femmes (et en
particulier des hommes à l’égard des femmes), mais aussi en raison de
la couleur de la peau, des origines ethniques, de l’orientation sexuelle
etc, soit dûment enseigné à l’école, d’une façon continue par l’accès à la
culture, et que le respect l’emporte sur le mépris (la TV par exemple). La
laïcité est un des éléments de base de ce respect ; il n’y a pas à transiger
avec elle. N’acceptons jamais une théocratie (même au nom d’un
pluriculturalisme mal compris), pas plus qu’une ploutocratie ;
A CONDITION que l’on comprenne, que l’on admette et que l’on ose dire,
que l’on a créé de toutes pièces « un cloisonnement social de plus en
plus modélisé sur le mode paroxystique de l’exclusion », comme l’écrit
Jacques Girard dans le Monde du16. 02 2002 : « D’une dénonciation
hyperbolique de l’abandon, on est passé à une contre-culture… qui
bétonne le ghetto, impose des solidarités internes, un système de
valeurs, des comportements qui non seulement refusent la loi civique,
mais font de sa violation un rite identitaire… avec pour cible tout ce qui
ressemble à une institution.»
A CONDITION qu’on n’oublie pas les autres infractions, fautes, délits
,injustices (souvent institutionnelles), crimes, commis par le reste de la
population dans de nombreux domaines (y compris, bien sûr, par intérêt
politique, ou par ambition, par appât du gain , souvent caché sous de
beaux prétextes, et qu’on les sanctionne aussi au nom du même
principe. L’Etat de droit ne prend son sens que s’il tend toujours vers plus
de justice,
A CONDITION enfin d’avoir la volonté politique réelle de réduire les
inégalités sociales, qui sont pour une bonne part à la source de ces
actes,
Tout cela est à traduire en lois. Et ces lois doivent être
elles-mêmes acceptées, et elles ne peuvent l’être que si elles sont
expliquées, comprises.
Cela demande des personnes, cela a un coût, il faut le payer, quitte à
avoir des avions (renifleurs ou pas) de moins ;
Il faut une politique de générosité et de rigueur à la fois.
La liberté se construit par des êtres humains pour que les gens
deviennent de plus en plus des êtres humains.
Or il s’est produit une véritable panique, on a assisté à une véritable
logorrhée, à une prolifération de termes, d’analyses , d’informations
spectaculaires, et nous y sommes sensibles parce que nous-mêmes
avons été victimes les uns ou les autres de diverses agressions contre la
voiture, le vélo, notre appartement, notre sac, notre carte de paiement, et
cela en plein centre ville. Alors ?
S'il existe un élément d’insécurité quotidienne pour le citoyen et la
citoyenne lambda, de danger pour la paix des personnes chez elles ou
sur la voie publique, il faut avoir présent à l’esprit en même temps
l’insécurité et la précarité des jeunes des quartiers difficiles concernés.
Même s’ils ont une certaine sécurité matérielle grâce aux aides ou à la
famille, comme ils n’ont pas gagné cet argent par leur travail, ils sont
dans un état de précarité morale. Des jeunes qui n’ont pas d’avenir
social ni culturel où se développer et devenir des adultes conscients et
responsables, qui ne peuvent se contruire un avenir à leur mesure sont
tentés par l’exutoire de la violence, par des actes gratuits (et qui ne sont
pas des jeux d’intellectuels comme ce terme le laisserait entendre).
Ce problème relève de l’Etat qui s’engage à assurer par sa police et sa
gendarmerie la sécurité des personnes et des biens sur tout le territoire.
Mais c’est absolument dérisoire si les inégalités et les exclusions ne se
réduisent pas considérablement, par un changement radical de politique
sociale, économique, éducative, culturelle de grande envergure.
Tout n’est pas négatif : des lois existent, de nouvelles lois sont
proposées, votées, appliquées, critiquées, reprises. Le chantier est
ouvert. Nous voulons y travailler; ce n’est pas que le sujet soit insoluble
ou inextricable, mais il passionnel, exploité à des fins trop souvent
politiciennes ou idéologiques.
Il faut redonner leur finalité à des êtres humains, exclus sans
qu’aucune raison digne d’un être humain puisse être avancée par les
dirigeants de l’économie mondiale et par ceux qui sont chargés de la
gestion politique de quelque pays que ce soit.
Nous ne sommes ni naïfs ni ignorants des problèmes d’ici et
maintenant, mais nous pensons qu’il faut toujours tenir les deux bouts de
la chaîne.
La terme ”cité” signifie étymologiquement (le langage est l’un de nos
biens communs) l’endroit où l’on peut se reposer et vivre tranquillement.
Et le terme ”cités” aujourd’hui ? Qu’en avons –nous fait ?
Geneviève Pastre.
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