LES MAUVES Un parti politique pour articuler ensemble nos volontés C'est un tout que l'être humain et ce tout est prioritaire

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Les Mauves
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Déclaration d'intention

Depuis quelques années, les Politides ou Mauves ont fait leur apparition sur la scène politique à l'occasion de problèmes d'importance (les Sans Papiers, le PACS, la parité etc.). Ils ont régulièrement fait connaître à la presse et à l'opinion publique ainsi qu'au cours de manifestations de rue, les grandes lignes de leur projet de société, exposé leur point de vue et fait leurs propositions.
Qui sommes-nous?
Nous sommes un groupe d'hommes et de femmes, lesbiennes, gays, hétérosexuel/les, bis, ouverts à tous, disant explicitement qui et ce que nous sommes, sans placard ni sortie de placard fracassante à faire ni esquive sous quelque prétexte que ce soit.
Nous sommes donc bien au départ un parti d'homosexuels et de lesbiennes mais aussi d'hétéros, convaincus qu'il est grand temps de se présenter à visage découvert, pour réfléchir ensemble aux problèmes de société.
Nous nous réunissons autour d'un projet qui concerne tous les aspects de la vie humaine.

Pourquoi un parti dira-t-on ?
Les associations font un excellent travail de terrain et de lobbying.
A-t-on vraiment besoin d'un parti gay comme on aura tôt fait de l'appeler? Y-a-t-il si peu de différences entre une association et un parti, comme on l'a écrit dernièrement? Les partis existants ne suffisent-ils pas ? Ne retrouve-t-on pas d'ailleurs des gays et des lesbiennes dans toutes les tendances politiques, y compris les extrêmes? Précisément c'est ce pas que nous voulons franchir: nous ne formons pas un parti homo pour les homos, lesbien pour les lesbiennes, nous ne voulons pas nous intéresser qu'à nos problèmes spécifiques, nous ne voulons pas être un lobby. J'ai d'ailleurs refusé, en 1981, quand le Cuarh avait proposé de me présenter comme candidate à la Présidence de la
République. Je ne voulais pas être une Madame homo, et je reste fidèle à mes convictions. C'est un mauvaise façon d'appréhender la vie et les choix de société. Nous avons l'ambition de proposer un projet global de société. Les gays et les lesbiennes, mais aussi les femmes en général et toutes les fractions défavorisées de la société se trouvent devant plusieurs voies, soit faire pression auprès des partis de leur choix pour obtenir qu'ils prennent en considération leur situation particulière, soit intégrer ces partis en les travaillant de l'intérieur, soit créer leur propre parti. A condition qu'il n'ait pas un point de vue limité, qu'il présente un projet global de société et qu'il propose quelque chose de résolument neuf, c'est ce choix que j'ai fait, que nous avons fait.
Quel est le rôle d'un parti, sinon de participer à l'information et la formation de l'opinion publique et de présenter ses propres candidats aux élections?
Nous voici donc délibérément dans le champ politique. Réunis par nos convictions, notre décision à agir et notre volonté de nous présenter devant l'opinion publique et les électeurs avec un projet cohérent. Nous n'y aurons que des avantages, car nous n'avons pas d'héritage historique à assumer. Comme les Verts furent un parti nouveau, libre de sa pensée et de ses choix sans obédience à des "Pères", nous, les Mauves, sommes libres d'oser. Nous discuterons ainsi à égalité avec les autres partis, à l'intérieur de l'Assemblée Nationale, nous serons à même de négocier dans les lieux de décision.

Quel est notre fondement philosophique?
"L'homme est plus grand que le citoyen", nous avons fait nôtre cette formule de Thoreau: si l'Etat de droit, la démocratie, sont un progrès, incontestable, par rapport aux dictatures, et aux autres systèmes d'organisation des êtres humains, il n'en reste pas moins que l'être humain ne se confond pas totalement avec le citoyen. Il doit être libre et apte à repenser cette notion de citoyen, à se penser soi-même, et, au lieu de suivre les lois, aveuglément, par peur (ou même par principe comme Socrate), à savoir sur quoi fonder ses devoirs et ses droits. Au cours de l'Histoire, après le fondement théologique, les hommes ont
trouvé, pour justifier leurs valeurs, le fondement naturel, puis historique, puis le Tout Histoire, et sont arrivés à une construction plus complexe entre nature et culture, l'inné et l'acquis, la tradition et le raisonnable. Les hommes ont donc inventé le concept des droits de l'homme, et ils ont bien fait, mais il faut remonter plus haut en amont à la source même de ces droits, en réactualisant la définition de l'être humain, de façon à réunifier des éléments encore disparates dont chacun voit souvent mal le lien essentiel avec l'ensemble et à le redéfinir et le fonder au plus juste. Nous pensons qu'aujourd'hui on peut avoir une vue plus précise et plus fine de ce que nous sommes nous mêmes, des êtres dès l'origine en discontinuité avec la nature, adhérents à elle, mais non inhérents, on peut dire que Ainsi tous ses actes sont humains, y compris sa sexualité. C'est d'une façon générale un être qui accomplit sa propre anthropogenèse, il est création de soi, expression de soi et en même temps et du même mouvement il est un être relationnel, sur les plans physique, affectif, culturel, social, philosophique et politique. Si l'on se place du point de vue de la sexualité, il va donc de soi qu'il est maître d'user de sa sexualité comme il l'entend dans les les seules limites de la dignité et du respect de la liberté de l'autre. Il ne peut y avoir contrainte donc obéissance à une normalité ou normativité venue du dehors qui s'arrogerait le droit d'énoncer la règle de base. Nous émergeons à peine d'une longue période de glaciation, qui n'a pas forcément, comme on le croit trop souvent, coïncidé avec l'origine de l'homme, où , dans la relation sexuelle, la fonction procréatrice a pris le pas sur la fonction relationnelle. D'où d'innombrables modalités de structures culturelles juridiques et morales qui fondent leur légitimité sur leur ancienneté et non sur la valeur que l'être humain peut lui donner dans sa propre élaboration de ses valeurs. Les lois des systèmes culturels ne sont qu'immanentes, nous avons le droit absolu d'innover, de renouveler et d'enrichir les formes existantes (considérées comme des normes exclusives, et protégées par l'interdiction de la remise en cause, autrement dit la soumission inconditionnelle à des "tabous"), en apportant des nouveautés et des enrichissements, bref d'autres systèmes culturels, donc en particulier sexuels.
Les conséquences sont claires : il devient nécessaire donc d'examiner, d'un oeil critique et sans réserve la validité morale, éthique et sociale des vieux systèmes et de changer le regard sur de nombreux problèmes dissociés à tort. Ainsi on parvient à une vue radicalement changée, enfin unifiée et simplifiée, de la place, du rôle, du sens que peut prendre la dimension sexuée de chaque être humain.On ne peut plus dire qu'une chose: Les sexualités sont le propre de l'être humain.
Dans la foulée, doivent être supprimées les conditions restrictives de nos sociétés au droit à l'enfant, et doivent être totalement repensées les modalités de la sphère privée (appelées communément, famille, ménage, foyer et classées en mariage, concubinage, unions libres, PIC, CUC, CUS et Pacs et doivent être reconsidérées de fond en comble à la lumière de cette conception. leurs traductions dans les législations On pourra alors regarder des variantes en toute sérénité et régler des problèmes induits par les vieux sytèmes et rendus caducs dans cette nouvelle perspective. C'est un saut qualitatif, il est préparé par les choix de beaucoup qui, en dépit des théorisations et des législations hostiles, parfois, encore aujourd'hui d'une grande cruauté, ont réussi à analyser comprendre, situer et vivre leurs désirs, et sont décidés à imposer leur volonté, à prendre leur place originale dans un concert jusqu'ici monocorde.
Les êtres humains vivent et ce vécu, quel qu'il soit, n'est pas, par nature, dans son fondement, du ressort de la loi. La seule volonté des homosexuels et lesbiennes a suscité de vives controverses, qui ne peuvent être que fructueuses; par leur apparition sur la scène sociale en tant qu'acteurs de leur propre vie, et par leur volonté, en tant que je-sujets, seuls bien placés pour parler de soi, à eux-mêmes et aux autres. L'homme a toujours inventé sa vie, avant même qu'elle soit encadrée par des lois. Et l'Etat de droit n'a guère de sens, comme la tradition, s'ils ne sont pas justifiés précisément par l'homme et par celui-là seul qui est concerné et s'y trouve soumis. C'est à cette condition qu'il peut alors l'accepter, sans perdre une parcelle de soi.
Mais la loi existe et se faufile partout. La désobéissance civile n'est sans aucun doute qu'un dernier recours, mais tous les événements de ce siècle et des précédents, montrent à l'évidence que, parfois, c'est le seul honneur qui reste à l'homme. Tout geste, tout acte humain, ont leur source en dehors de la loi, ils naissent de la liberté fondamentale de l'homme. Nous préférons changer les législations quand celles-ci s'avèrent injustes. Au lieu de la servitude volontaire qui est en général le lot des êtres humains, nous proposons l'idée de Merleau-Ponty que l'homme est un chantier, et que les sociétés ne restent vivantes qu'en se modifiant en profondeur, et constamment, à partir d'une anthropogenèse et d'une conception éthique de l'individu. Si le citoyen crée une loi, qu'elle soit juste, qu'il s'y soumette alors, sinon qu'il la combatte. Mais que tout se passe par un contrat social libre.

Une plate-forme politique générale?
C'est un tout que l'être humain et ce tout est indivisible. Car la violence faite à l'être humain dans sa sexualité n'est qu'un volet de toutes les violences faites à l'homme. Notre volonté de lutter contre la violence faite à l'être humain dans la choix et l'expression de sa sexualité (homophobie, sexisme etc) s'inscrit dans notre volonté de lutter contre toutes les violences et les injustices faites à l'être humain, qu'elles soient directes, larvées ou masquées, sous ses formes privées, ses formes sociales (les inégalités, la mauvaise ditribution des richesses) et ses formes politiques et/ou religieuses (les nationalismes, intégrismes, racismes, fondamentalismes, sexismes, fascismes, fondamentalismes), et bien entendu contre toutes les oppressions, exclusions, tous les génocides et crimes et guerres et les fabrication et l'usage d'armes qui en sont la conséquence et les outils. Nous dénonçons aussi les formes indirectes de violence, c'est à dire la répartition des êtres humains en catégories : nations, en classes, religions, castes, races,origines
géographiques, âges, sexes, sexualités ou genres, qui entraînent l'exercice d'un pouvoir des unes sur les autres; Nous dénonçons les raisonnements spécieux et sophistiqués par lesquels les hommes politiques justifient les oeuvres de mort, mais nous pensons aussi qu'il faut, dans les analyses, remonter aux causes et enchaînements des causes qu'elles historiques, militaires, politiques ou culturelles, qui induisent les êtres humains en erreur, les plongeant dans des situations qui leur paraissent inextricables. Et cela non seulement pour mieux comprendre l'enchaînement des faits ni trouver le premier responsable, mais pour engager les êtres à se poser les bonnes questions concernant la validité ou la relativité de ce qui nous est présenté comme les fondements indestructibles et incontournables de notre identité, dont nous avons hérité : terre, peuples, nations, religions, cultures, sans aucune autre issue que leur exaltation ou leur défense par les armes. Aucune négociation ne peut omettre cette relativisation réciproque et explicite des positions des uns et des autres, en faveur de vues réellement supérieures parce que plus fécondes pour chacun et chaque groupe à moyen et long terme. Ce n'est pas sceptisme stérile mais travail en profondeur, afin de faire émerger des êtres humains plus ouverts, donc plus intelligents donc meilleurs. La finalité de l'être humain Car c'est bien la question majeure, sur quoi fonder l'être humain, au lieu de dire qui sommes-nous? peut-être nous dire: sommes-nous?
Voyons ce qui nous donne sens, et sens veut dire aussi direction.

Quelle est notre finalité?
Donc voulons-nous continuer à être et comment? Cette redéfinition de l'être humain remettra, dans un même geste, en équilibre et en corrélation, l'être d'expression de soi et de création, qu'elle soit artistique, intellectuelle, sexuelle, ou manuelle et technique et l'être relationnel social et politique, à l'encontre des conceptions actuelles qui fragmentent et hiérarchisent les potentialités, en mettant en avant la production technique utile, productrice d'argent, aux mains de puissances financières toutes puissantes.
Nous savons aujourd'hui que "les civilisations sont mortelles". Mais ce n'est pas un constat fataliste. Nous savons, en regardant mieux, ce qui peut les faire mourir, et nous pouvons trouver et nous donner les moyens de l'éviter et de les faire mieux vivre. Nous savons que c'est la chose la plus nécessaire.
Même quand le poids de l'entropie est tel qu'il nous ôte tout espoir et tout courage, qu'il nous désoriente et nous déstabilise, i l y a de nombreux signes encourageants, une action de plus en plus concertée, de nombreuses initiatives à l'échelon international, en dépit des frontières, des personnalités, des personnes, des institutions, des groupes, des volontés, pour, d'une façon enfin irréversible, arracher les sociétés à toutes les forces négatives qui entravent les êtres humains dans ce qui devrait être leur développement naturel vers plus d'intelligence et de bonheur?
Notre place sur l'échiquier politique Où nous situons-nous sur le fameux échiquier symbolisé par la répartition des orientations de gauche à droite?
Certainement à gauche, si l'on entend par là le refus du capitalisme sans frein, maître à sa manière des états-nations et des individus dont il mesure cyniquement l'impuissance et la naîveté ou la compromission.
Donc un choix absolu de justice sociale et de redistribution des richesses, même si cette pensée vient d'être considérée, dans un moment de folie, comme dépassée et désuète. Les modalités peuvent être variables. Nous privilégions la négociation à l'usage de la force, mais ne ne sommes pas naïfs et savons la difficulté extrême de cette tâche, car les négociations elles-mêmes sont au moins autant un rapport de force qu'un rapport raisonné. Nous n'avons pas l'héritage historique des socialismes ou des marxismes, nous avons les coudées plus franches, puisque nous sommes des femmes et des hommes. D'une façon générale, nous ne mettons pas en premier un système de justice sociale sans avoir considéré avant, et en amont, si l'homme tout entier et l'ensemble des hommes, tels que nous les concevons, y gagneront en tant qu'être humains.
Nous usons de de notre droit d'examen et de réexamen sans limites d'opportunité.
Par rapport aux derniers nés? les Verts?
Les Verts ont complètement et avec raison retourné la perspective, de l'homme vers son environnement. Et c'était absolument nécessaire. A notre tour nous la re-tournons. Nous revenons à radicalement l'homme, lui-même, le noyau dur, le noyau source de l'humanité, et nous élargissons ses bases, nous les réactualisons, les renouvelons et les enrichissons. Par rapport au Mouvement des citoyens? Nous avons répondu dans ces lignes à notre positionnement par rapport au citoyen.
L'homme est dans une anthropogenèse non pas automatique mais consciente.
Par rapport aux socialismes?
Ils ont eu un idéal juste, et ils continuent à jouer un rôle extrêmement positif, ils ont consacré l'essentiel de leurs efforts à construire des systèmes de société à partir des considérations économiques, mais ces systèmes sont restés longtemps, des outils lourds et fermés et ils restent encore embarrassés dans une morale archaïque, dont ils ne commencent à sortir que par cette grande idée historique des Lumières: les Droits de l'Homme. C'est justement là que nous allons prendre notre place théorique et active, il manque une voix dans la gauche plurielle.
Nous serions proches des anarchistes car nous partageons entièrement avec eux la place qu'ils donnent à l'individu, à sa force de pensée et de création. Mais nous pensons qu'il est utile de passer par les lois, les élections, et la réflexion qu'elles provoquent chez tous les membres d'une région, d'un pays, d'une continent. Cette modestie de la démarche démocratique nous semble féconde. Nous pensons qu'il faut avoir un point de mire, même si c'est une idée qui reste inaccessible pour longtemps, même pour très longtemps, une utopie: c'est l'autogestion. Nous pensons que, dès aujourd'hui, tout système social et politique doit et peut re-devenir souple, ouvert aux changements s'ils sont le fruit d'une meilleure réflexion. Nous en proposons en particulier un concernant une relation essentielle, les sexualités, dans la manière de nous vivre les uns avec les autres Nous nous voulons fédératifs préférant un écart entre nos pensées, car peut être fécond, à l'orthodoxie stérile et à la langue de bois. Nous souhaitons devenir européens. Nous sommes attentifs à tous les problèmes mondiaux, car ils sont tous mondiaux. Nous présenterons-nous aux élections européennes? Ne serait-ce pas encore jouable? ou au moins significatif et mobilisateur? Devant la complexité des crises actuelles, il n'y aura jamais assez de réflexions et de forces pour amener les êtres humains qui composent au
moins l'Europe à être des acteurs directs et bien informés du destin qu'on veut leur imposer et qu'ils seraient plutôt mieux avisés d'imaginer et de construire eux-mêmes.

Geneviève Pastre.

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