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Edito
Edito N°30 du 19 septembre 2002
Il se passe beaucoup de choses en ce moment même chez les enfants de Marie
"Prenez du bleu et du rose; mélangez amoureusement. c'est du mauve Prenez un garçon et une fille. Agitez-les mélangez, éventuellement, secouez-les. S'ils vous pondent un être braillard ce sont des hétéros. Prenez deux fills et deux garçons. Menez l'expérience dans les mêmes conditions et attendez."
La Maison Bleue, comme c’est doux, ciel (le ciel ! ciel mon mari ! au ciel ! au ciel !) au ciel ! Comme chantent les mornes processions de St-Nicolas du Chardonnet qui passent sous nos fenêtres de Parisiens, donc en pleine rue, sans autorisation préalable. Vu la séparation de l’Eglise et de l’Etat, on ne devrait pas la leur donner ou la donner à tous les groupes chantant les joies de la chair du corps du cœur, autant que ceux de la macération et de la coulpe des pécheurs, alors qu’on interdit les raves parties. Et pourtant il y a une sacrée différence de joie de vivre entre les deux .
Bleu layette, brin de myosotis, le nid, le printemps, la lessive propre (Omo lave Homo, pas de différence entre le linge homo et hétéro, alors, quelle horreur, il faudrait des machines spéciales dans les laveries ?), l’enfance, même Juppé qui paraissait un monsieur plutôt sérieux, la sévérité des murs noirs de sa ville n’invite pas en effet au rire ni à la fête, se met au ciel bleu ; après tout, les SDF, ou les sans papiers, qui dorment à la belle étoile aiment aussi sans doute le bleu, le bleu nuit ! nuit câline ou le bleu semé de fleurs de lys ?
Les Mauves, dans la presse qui a suivi les élections, sont passés presque inapperçus, et ça continue, mais ce " presque " est en train de faire une différence persistante, qu’on n’effacera pas comme ça ; N’entendez-vous pas le terme Mauves oublié mais bien sonore dans l’énumération des couleurs des différents partis passés, présents et à venir ou en train de se développer ? Ca fait une belle tache de couleur. Cette couleur, qui manquait jusqu’ici au rainbow gai, c’est la couleur du politique, né de la volonté de gais et de
lesbiennes, ce politique directement parmi les autres encastré, pilier résistant de toute réforme sérieuse de l’organisation de la société par et autour de l’être humain pensant, agissant et désirant (sexué). LA COULEUR QUI MÉLANGE LE BLEU ET LE ROSE, destinés à bien marquer le sexe et le genre dès la naissance, et qui ose dire, ne vous crispez sur cette différence qui serait le modèle de toute l’humanité.
L.Duroi, éditorialiste de Gayvox.com, écrivait déjà le 20.10.2000 :
Les Mauves
" Prenez du bleu et du rose. Mélanger amoureusement. C'est du MAUVE ! Prenez un garçon et une fille. Agitez-les, mélangez-les, éventuellement secouez-les. S'ils vous pondent un être braillard, ce sont des hétéros. Prenez deux filles, ou deux garçons. Menez l'expérience dans les mêmes conditions. Attendez. Laissez-leur le temps de se découvrir. Qu'ils fassent le tour de la question. Rien ? Vous ne voyez rien ? Vous en êtes certains ? Regardez bien au fond de l'oeil. Ne voyez-vous pas la naissance d'une conscience politique en gestation ? C'est pourtant l'évidence même. Il suffit d'être ou de se découvrir différent de la norme pour voir le monde sous un jour nouveau. Pourquoi ? Parce que le statut de minoritaire éveille des prises de conscience. Le simple fait d'être obligé de se défendre, de se cacher ou de s'affirmer contraint à penser l'autre autrement. Même d'une banalité à crever d'ennui, l'autre acquiert le statut d'ennemi. Il prend donc de l'importance. Il n'a rien fait pour ça. Puisqu'il est banal. Mais comme il lui arrive de gagner des élections démocratiquement même en étant minoritaire, il se croit forcément investi d'un je ne sais quoi de supérieur ".
Les Mauves regardent, avec vigilance et perspicacité le monde, sans tabous en essayant de se dégager des oeillères, cherchent la différence entre ce qu’il est et ce qu’il pourrait être, qui n’évoque ni le ciel (forcément bleu, on l’a déjà dit), ni le sang vigoureux des artères et des veines mais aussi coulant sur le sol de presque tous les pays du monde, ni les champs (verts bien entendu; et ça, ça ne peut que faire du bien mais c’est loin d’être suffisant). Le rose on connaît. Le Mauve ? Mais il évoque aussi une plante médicinale vigoureusement dépurative des cerveaux encombrés de notions lourdes et confuses, ou faussement simple (c’est peut-être le pire celui qui veut faire peuple), d’intérêts soigneusement cachés ou cyniques , brutaux ou patelins ? surtout pas couleur de la farine dont se couvrent le loup meunier, ou le Raminagrobis.
Nous sommes vigilants, nous ne perdons pas une miette de ce qui se passe et de la façon dont c’est dit. Un exemple : ce titre lu dans la presse "il n’y aura plus de sans papiers " est à double sens, deux sens absolument contraires : " on les régularisera tous ou on les éjectera tous ".
La maison c’est la famille, comme dans Zola, la grande maison où sont reçus les mineurs. La famille ? Comme la langue d’Esope, son rôle ambivalent dans les modèles de vie et son hypocrisie, l’apprentissage de toutes les hypocrisies (on lave son linge sale en famille c’est un air connu, Prévert l’a bien chanté), depuis l’inceste (la mère, on l’a depuis longtemps balancée aux horties) grand chic revendiqué, jusqu’aux rôles bien appris, un homme une femme jusqu’à l’infini, et la condescendance pour les autres, d’ailleurs ça a commencé. l’APGL et une association pour la défense de l’avortement (le sigle m’échappe) sont repoussés au niveau de membres consultatifs. Et la fiction de la sagrada familia continue(oui ce sont les associations familiales qui prennent la place; ce noyau, qui échappe à la loi, ce pourrait être un espace de liberté ? c’est trop souvent un lieu où se perpétuent les traditions ou se décrètent les
ostracismes; combien encore de mariages forcés dans le monde, d’homos et de lesbiennes angoissés à l’idée qu’il va falloir affronter les parents ou ruser?
Et puisqu’on en est aux langues, parlons des furieuses langues de bois agitées hors de ces grandes marionnettes d’une façon obscène, les comédies de la sincérité du pouvoir (pardon des pouvoirs, on ne peut plus manquer le pluriel, ce serait manquer la descente du grand escalier qui, menant à la France d’en bas la main tendue, vous remonte du même coup aux honneurs (y monter directement c’est avoir des illusions d’optique, mais aussi être cru, et
grossier).
Les Mauves auront donc l’œil critique, la langue acerbe s’il le faut, et ne saucissonneront pas les problèmes.
Et la sécurité nous dira-t-on, votre position ? et l’Irak ? la guerre ou pas la guerre, et les élections en Allemagne ? en Suède, et les 35 heures, et les hôpitaux, et l’intermittents du spectacle ? et les tournantes, les catastrophes naturelles ? et la libération de Papon ? et les télécom ? et la flambée des loyers ? les services publics ? les traitements des patrons ou minsitres en face du SMIC, et le néolibéralisme qui ne dit plus son nom ?
Nous en parlerons dans ce qui sera lettre ou édito au fil des jours. Nous vous proposerons nos réflexions et nos solutions. La vigilance, la clairvoyance et une juste mesure dans l’appréciation des changements à opérer. Pas de vue étroite et bornée à notre nombril. Et pas de critique systématique ou venimeuse ou tactique des adversaires, c’est beaucoup de travail ? Lesbiennes et gais au coude à coude ensemble et avec les hétéros qui s’engageront avec nous, nous sommes là, prêts à développer notre action et décidés à prendre notre part propre un jour dans le gouvernement.
Geneviève Pastre
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