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Edito
Edito N°32 du 4 octobre 2002
Démocratie sociale face à la droite cynique ?
"C'est toujours ça de pris". Cette réflexion d'un poltique pour justifier la réduction de l'impôt sur le revenu proportionnel et donc foncièrement injuste (comme la poll tax) est indigne d'un politique. Si Les Mauves défendent l'idée de la refondation de l'être humain dans toutes ses dimensions créatices et relationnelles, ce n'est pas seulement sur le plan dit culturel, c'est en même temps dans le phénomène de la répartition des richesses, du marché au Marché, pour les êtres concrets qui ont besoin de sécurité pour leur avenir, pour le quotidien, et de respect, de dignité, du bonheur de vivre qui sont dûs à tous. On ne jette même plus un os à un chien, et à l'être humain qu'est ce qu'on lui jette ?
La démocratie sociale face au vrai visage d’une droite cynique qui ôte progressivement son masque, qu’est-ce que ce serait ?
Ce serait à la fois la reconnaissance des tensions des divergences des conflits d’intérêts entre les différentes composantes d’une société, mais en même temps la volonté de les réduire par des voies pacifiques et raisonnées; sans doute, ce n’est pas simple, il y faut une grande maîtrise, de la modération, un équilibre fragile, une honnêteté sans faille, de la patience, car c’est un chantier sans cesse ouvert.
Rien à voir avec les analyses actuelles. "Chercherait-on à embobeliner les citoyens ?" titrait dans le Monde, dans un article de D. Strauss-Kahn en 1995 à propos d’un remake de la pensée unique (mais c’est une autre manière d’embobeliner le lecteur).
Hélas je n’ai pas accès au Monde ni à Libé, chaque fois que j’ai envoyé un article, il m’a été poliment mais fermement refusé. C’est la meilleure manière de faire croire qu’on n’existe pas, que ma réflexion n’a pas de poids et surtout la dévaloriser par cette omission répétée, puisqu’on ne l’a pas lue dans Le Monde… vive le Net ah ! Il y des femmes qui couchent honnêtement; leur regard est tourné vers leur homme… politique, qu’il se lève le matin ronchon ou heureux, qu’il soit du soir ou du matin, (ce sont les rythmes biologiques qui font la loi,) il y a eu un mâle dans leur lit et c’est ça la base de la politique des femmes. Ne vient-on pas d’écrire qu’"elles ont toujours le dernier mot " ; et on revient en arrière, pendant la guerre de 40 : j’avais comme professeur de philo à Fénelon, une collaboratrice notoire qui défendait la place de la femme au foyer, elle faisait la politique par l’alcôve. Elle s’enfuit à Sigmaringen au moment du débarquement.
Spectacle désolant, caricature de la justice sociale, Mépris du peuple. Les riches deviennent plus riches, les pauvres plus pauvres etc... c’est aussi une logique, et l’équité ? pleine d’hypocrisie, et de bon sens apparemment populaire, c’est donc ça ?
J’ai habité dans une HLM, il y a plusieurs décennies, un des appartements réservés aux professeurs du lycée voisin. Ma voisine de palier (d’une famille très bourgeoise ayant eu des revers) à qui je donnais l’adresse de la femme de ménage (elle habitait un bloc identique à côté du nôtre) s’écria un peu choquée : "Eh bien ! pour une femme de ménage, elle est bien logée !!" C’est la notion même d’équité.
À la Télévision, un politique défendait le principe de la réduction des impôts décidée par le gouvernement Raffarin. Ou plus exactement de sa répartition arithmétiquement proportionnelle aux revenus. Le journaliste lui faisait remarquer l’injustice (qui saute aux yeux) de cette réduction qui allait profiter surtout aux revenus élevés, (ça rappelle d’ailleurs le principe de la poll-tax). Une phrase lui échappa. "Pour les bas salaires ? C’est toujours ça de pris." et il haussa les épaules d’un air fataliste. Comme on ramasse une pièce de monnaie oubliée sur un comptoir par exemple, ou comme on triche un peu sur sa déclaration de revenus.
Deuxième exemple : l’augmentation pharamineuse des traitements de ministres jointe au refus d'augmenter le SMIC (sauf par un calcul retors, alignement sur le taux le plus élevé d’aujourd’hui).
Troisième exemple : la réduction du taux d’intérêt de la Caisse d’épargne; il est question actuellement de le réduire (drôle de " réduction ", cette fois-ci) au nom de la " logique du marché ", euphémisme pour désigner une logique de l’intérêt du plus fort. D’ailleurs, soit dit en passant, une logique désigne un enchaînement précis d’une suite de raisonnements, de cause à effet, qui ne préjuge en aucun cas de la justesse des prémisses. Il peut y avoir une logique du voleur, du violeur, de l’assassin, poussée à l’extrême elle se trouve dans la pire des paranoïas ; c’est très à la mode la logique ; heureusement on trouve dans "Le Monde de l’Argent" des 29 et 30 septembre, une réflexion de Laurent Mauduit sur les différents types de raisonnements que l’on peut appliquer pour régler ces taux d’intérêt. Le comble y est atteint. Les politiques laisseraient désormais au marché décider en fonction de l’inflation, car ils n’oseraient pas par lâcheté se plier ouvertement aux lois du marché ? À ce propos, deux remarques amères : le Marché c’est aussi l’endroit où la ménagère (ou le ménager, on peut mettre le mot au masculin puisque des hommes aussi y vont, célibataires, homos trans et bis ou hommes féministes) va régulièrement et peut comparer les hausses au contenu de son porte-monnaie. Qui, des classes populaires ou moyennes, pourrait avoir des idées précises sur le Marché, avec une majuscule. Son fonctionnement, ses mécanismes, où les auraient-ils appris ? a fortiori comment pourraient-il les maîtriser et avoir un quelconque pouvoir sur eux ?
D’autre part, on voit bien de quel côté, sinon des détenteurs des richesses, s’adresse ce supplément " ARGENT" du Monde ; à quand un supplément : " Chômeurs SDF " à leur intention et pas seulement à leur sujet ? Il est vrai que, comme ils sont tout occupés à boucler leur fin de semaine, ou leur journée, qu’ils cherchent où aller pisser, se laver, dormir un peu, ils n’ont ni le temps ni la force de traiter de leur cas sur le plan général. Ils n’ont pas le moindre pouvoir sur leur situation économique (sauf par le biais des syndicats, mais déjà il faut travailler et payer sa cotisation). Ils sont donc deux fois dépendants. Et puis le journal, il faut l’acheter. Mais il coûte près de 8F (1 € 20), c’est un luxe. D’ailleurs il y a des journaux exprès pour eux à présent, c’est encore ça l’équité.
Quelques jours plus tôt, la même presse Titre :" Des dirigeants UMP veulent réduire l’ISF " (les sigles ont l’avantage d’être pudiques). Au moment des élections, les nôtres, j’ai vu que nos voisins allemands appellent la droite " parti bourgeois ", la gauche restant la gauche Linke.
Le plafonnement fixé par Juppé, en 1996, qui " pénaliserait les 1500 plus grosses fortunes " et qui éviterait " la délocalisation et le départ des cadres supérieurs à l’étranger ".Y aurait-il une Sangatte des cadres supérieurs ? les malheureux !. Se cacheraient-ils dans des camions fermés de l’extérieur et où ils pourraient mourir étouffés ? Il faudrait prévoir des locaux et mettre des barbelés pour les empêcher de fuir. Et d’ailleurs je confonds les plans, quel rapport avec des sans papiers étrangers, n’est-ce pas ? Mais que je suis bête, c’est eux qui ont le pouvoir, tout le pouvoir maintenant. Pourquoi fuiraient-ils ? On mettrait plutôt sous leurs pieds un tapis rouge en cas de retour. En tout cas l’article conclut : " Pour l’heure, le gouvernement n’a pas inscrit la réforme de l’ISF dans le budget 2003 ". Cette collusion du marché et du politique, cet immoralisme et ce cynisme à peine maquillés donnent la nausée.
Il faut donc une vision et une volonté politiques claires, qui osent aller à contre courant de cette dérive insupportable. Le compromis frontal et la délibération qu’il implique et la modération volontaire, le quid pro quo au sein même de l’Etat, où sont-ils ? l’avènement de ce mode de fonctionnement auquel nous voulons travailler ; on voit bien ainsi que, si nous défendons ce qu’on appelle en général la qualité de la vie, l’épanouissement de la personne, thèmes que nous présentons autrement, avec une force tout à fait singulière, comme une refondation de l’être humain à partir de toutes ses dimensions, y compris l’anthropogenèse continue, y compris sexuelle (le " Durchmensch, les je-sujets), nous l’associons étroitement aux problèmes socio-économiques et à leur articulation étroite avec le politique, car ce dernier ne supporte pas le mépris affiché de l’autre, de l’état d’esprit rusé, résigné, servile qu’on lui prête. Nous ne supportons d’être pris pour des rêveurs, des idéalistes ou des utopistes. Nous savons très bien que les je-sujets ont besoin en même temps de chaleur, de sécurité de l’emploi, et du respect de soi et des autres y compris des gouvernants, et de justice et non pas des miettes du festin d’un petit nombre "C’est toujours ça de pris " stigmatise celui là même " qui prête cette pensée à autrui ; c’est par effet de miroir le portrait de la vulgarité de son âme. Un homme politique qui raisonne ainsi n’est pas digne d’être un politique.
Geneviève Pastre
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