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EDITO N 45 du 18 sept. 03

La social démocratie
A la mémoire d'Anna Lindh (et d'Olof Palme) pourquoi dans la longue histoire des socialismes, les Mauves préfèrent la social-démocratie, modèle pourtant moins exaltant que l'utopie révolutionnaire, et quelle nouveauté ils y apportent.

A la mémoire de Anna Lindh, et à celle d’Olof Palm, ces politiques courageux, généreux et lucides, idéalistes et concrets, ouvriers modestes et efficaces d’une paix sociale nourrie de justice Mais aussi, à B. Delanoé qui a été victime du même geste, pour une bonne part parce qu’il vit son homosexualité à découvert, ce qui est rare chez les hommes et femmes politiques français même socialistes.

La social-démocratie ? Pourquoi ? pour " tenter de rendre ce monde un peu meilleur " dit une jeune femme interviewée en Suède.

Si le terme socialisme " est entré dans les langues européennes vers 1830 ", l’idée socialiste, elle, remonte à l’antiquité. Et, au cours des âges
et dans de nombreux pays, elle a connu une fortune incroyable et des développements d’une diversité et d’une richesse impressionnantes ; par une évolution interne et une renaissance constante de la réflexion et des énergies dans ce qui forme une véritable une transcontinuité.
Ce furent des rêves confus ou des projets rationnels dits utopiques conçus par les hommes depuis des générations (en Orient autant qu’en Occident)¨ : Platon et sa malheureuse tentative : invité par le tyran de Syracuse, curieux d’expérimenter sa théorie, il fut jeté au marché aux esclaves mais quelqu’un le reconnut et le racheta. Au Royaume de Pergame, le révolutionnaire Aristonicos avait créé Héliopolis, une ville pour les esclaves insurgés. En Chine, une utopie, restée très célèbre, écrite par Li Ruzhen au XVIII siècle, décrit un royaume féministe, qui se serait réalisé au VII° Siècle, où les femmes se présentaient aux examens publics, n’avaient pas les pieds bandés, se mariaient librement etc.
Il est bon de revaloriser les utopies si décriées par la doctrine marxiste. Ce travail de l’esprit est parfois visionnaire et il correspond à un élan de l’esprit qui ose franchir les barrières de son époque, même s’il est évident que toute conception d’une organisation politique repose sur une conception de l’homme mais est plus ou moins limité par le monde réel avec lequel il est aux prises, dans ses conditions concrètes historiques.

La finalité ? La conquête du bonheur, fin et objet de toute entreprise humaine (John Gray), Bonheur ou bien-être du peuple, de dimension internationale,
Primauté de l’intérêt mutuel sur l’intérêt privé.
Création d’ une société d’abondance, et partage des richessesrpoduites

Mais la finalité une fois définie (et, à l’intérieur de principes essentiels, elle est elle-même très variable) reste la question des moyens : révolution violente ou pacifique (celle des oeillets) ou réforme (radicale ou progressive)
Reconstruction totale ou relative du monde par la redistribution des richesses, pour éliminer (réduire) les inégalités. Changer de société ou changer la société, donner tout le pouvoir à l’Etat (bureaucratie étatique) ou établir un équilibre entre capitalisme et justice sociale à l’intérieur de la démocratie (social –démocratie.)
D’une manière générale tout socialisme est une contestation de la pratique capitaliste, d’une société à construire plus égalitaire (donc qui, au minimum, relativise le droit à la propriété privée, en exigeant par des moyens divers une redistribution des richesses, en vue d’une égalité réelle (en fonction du travail ou des besoins etc, les critères sont variables ou progressifs) et pas seulement l’égalité des chances (et que le meilleur gagne- et que l’autre crève-) et plus de pouvoir et de maîtrise sur les décisions qui le concernent et qui intéressent l’ensemble de la société. Le rôle de l’Etat varie d’un système de pensée à l’autre, il va du tout étatique à la méfiance, voire au rejet à l’égard des interventions étatiques.

La perspective vue d’aujourd’hui est vertigineuse et impressionnante.Mais elle est moins claire que certains le prétendent :je ne suis pas du tout d’accord avec ceux qui pensent qu’on est arrivé à une pensée purement scientifique, permettant de prévoir indubitablement l’Histoire ou de connaître infailliblement les lois économiques, qu’il suffirait d’appliquer ; on sait les réserves que j’ai émises sur la crédibilité des sciences humaines quand elles veulent se substituer à toute autre réflexion sur l’homme et la Société. Mais il y a un abîme entre entre les sciences économiques qui essaient d’établir des lois pour faire des projets et des prospectives, et une théorie comme le marxisme qui prétend résoudre définitivement les problèmes de l’homme en élaborant une théorie "totale" et réductrice. Le fiasco du malheureux Lyssenko qui avait cru pouvoir appliquer la dialectique au monde naturel montre les limites d’une telle prétention et d’une telle réduction. Car les lois physiques se moquent bien du politique. Il faut donc beaucoup de prudence dans les choix fondamentaux politiques économiques, sociaux, et sociétaux, car, à chaque fois, ce sont des hommes de chair et d’os qui sont en jeu, leur vie, leur survie, leur liberté, leur chance de bonheur ou leur désespoir leur soif de justice et de beau,leur solidarité ou la " haine ".
Mais le terme " socialisme " est tellement chargé d’espoir pour les laissés pour compte et pour ceux qui subissent l’injustice sociale constitutive et revendiquée des régimes libéraux ou conservateurs, qu’il est tout à fait compréhensible qu’il soit objet insolents ou masqués d’imposture de la part de dictatures, qui, au nom du peuple, et abusant de ce terme, exercent un règne sans partage.

Quant aux moyens à employer, là aussi la fourchette est plutôt large, de la révolution aux réformes, de la contestation systématique (parfois volée par la tactique (qui s’autorise au déguisement et au mensonge relatif ou la contradiction apparente avec les principes) au compromis qui évidemment court le risque, lui, d’aller jusqu’à la compromission.
C’est donc, dans tous les cas de figure politiques et sociaux, un choix tout à fait délicat et circonspect à faire. Les intellectuels ou les aventuriers, ou les plus jeunes pleins d’enthousiasme, d’énergie et aussi d’inexpérience, penchent plus volontiers pour la première des solutions, d’où le succès actuel de l’extrême gauche. Comme l’écrit François Chérèque, les intermondialistes sont-ils prêts à payer le prix de leurs propositions, c’est-à-dire à faire des projets et concrets dans l’hexagone qui évidemment toucherait à leurs privilèges (ceux du Nord)? Rien n’est moins sûr. Mais pourtant le pire n’est pas toujours sûr. Les mieux nantis, les plus haut placés socialement et professionnellement qui se pensent et se veulent à gauche très honnêtement, freinent des modifications excessives, puisqu’ils ont des privilèges, ce qui explique le glissement de la gauche socialiste vers les social-libéralisme, pas très enthousiasmant pour le petit peuple. Les classes défavorisées crient au lâchage à la trahison et se tournent ailleurs, voire vers l’extrême droite, sans comprendre justement que c’est par manque de culture politique (que fait l’Education Nationale ?) qu’elle se jette dans la gueule du loup.
Alors , au moment où les différents partis hésitent sur la finalité et les moyens, les Mauves ont fait leur choix : et depuis le début de leur existence : la voie de la social-démocratie.

Ce caractère concret et pragmatique qui définit la social --démocratie, a une allure plus modeste sans doute, est moins enthousiasmant précisément,. Oui, celle déjà ancienne des pays du Nord ! au lieu d’annoncer son échec (et de s’en réjouir, vous voyez, ils ne font pas mieux que les autres), on ferait mieux de l’examiner, de l’analyser, d’en soupeser les mérites et les défauts respectifs et d’en tirer des leçons de sagesse politique pour nous. Sagesse qui ne veut pas dire mollesse, ni résignation, mais travail constant et non recette miracle.
Cette sagesse m’est venue très jeune grâce à la lecture de Montesquieu (sans abandonner pour autant l’admiration que méritent l’éloquence chaleureuse et visionnaire de Rousseau ou la force du génie puissant et inlassable de Diderot. Mais aussi de l’expérience de la dernière guerre, aux ravages d’une dictature, suivie de près par l’effroyable et invraisemblable aveuglement des intellectuels français auto proclamés et qui firent régner un vrai terrorisme d’idées en faveur la dictature soviétique. Tout en tournant casaque sans plus de façons et sans explication au moment opportun, et qui tiennent le haut du pavé (presse éditions et médias) C’est pourquoi je me suis sentie si longtemps étrangère à ces engouements emportés et sectaires. Je me disais souvent : heureusement qu’ils n’ont pas le pouvoir réel, les uns et les autres ! ce ne serait pas drôle tous les jours ! ce bonheur sur mesure , contraint et forcé ! les théocraties actuelles sont aussi sanguinaires. Le pouvoir direct et brutal qu’il soit exercé ou non au nom d’un Dieu n’engendre que la peur et la soumission aveugle et le fanatisme.

La social-démocratie est, pour le dire d’une façon extrêmement sommaire, mais claire, un système qui maintient la propriété privée des principaux moyens de production (tout en la relativisant selon certains critères et soumettant sa légitimité à certaines conditions) , ne planifie pas systématiquement ’ensemble de l’économie (tout en apportant des correctifs sévères au libéralisme), mais applique une politique sociale (donc rôle précis et capital de l’Etat) qui consiste à rechercher le compromis entre les différentes classes sociales (négociations, conventions, action des syndicats), à favoriser la production non marchande, à réduire les inégalités de répartition par des transferts importants vers les plus défavorisés.
Nous y introduisons une dimension fondamentale souvent traitée en annexe parce qu’elle n’est pas d’ordre directement social et économique, mais qui en est à nos yeux inséparable : il faut favoriser une démocratie non seulement sociale mais sociétale en redéfinissant l’être humain dans toutes ses dimensions, jamais achevées et sa finalité ouverte, impossible à définir ou décrire exhaustivement. comme un work in progress en mettant en corrélation constante l’être relationnel social et politique avec l’être d’expression de soi et création qu’elle soit artistique, intellectuelle, sexuelle, manuelle, ou technique. Le plus grand développement possible pour chaque être humain. Société de prospérité, et de solidarité, oui, mais d’un même mouvement société d’êtres conscients, fiers, libres, en charge de leur destin singulier et commun, et pas un troupeau qu’on pousse ou qu’on tire et à qui on impose la direction. L’être humain est une fin en soi et ne peut être utilisé (exploité) comme moyen, cobaye pour démontrer la justesse d’une théorie, pion sur un échiquier, ou bien outil, créateur de richesses dont il ne peut bénéficier. Et jeté quand il ne produit plus assez ou plusdu tout C’est ce double travail que nous devons faire, avec exigence, et comme les résultats sont toujours fragile, la politique n’est pas un jeu. Il y a va de vraiment de la survie de millions de personnes et de leur valeur non marchande.

Geneviève Pastre.
Présidente des Mauves

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