|
|
Les Mauves ->
Edito
EDITO N° 47 du 1er octobre 2003
les mauves et le Forum social européen devant l'homosexualité
Notre action est politique au sens plein : élaborer un projet global de société et le soumettre aux électeurs. "Les sexualités" ne peuvent faire l'objet d'un ajout qui serait une avancée. Notre proposition est d'une grande cohérence, avoir une toute autre conception du sens et de la place des sexualités au coeur de la société. Elle en font partie au même titre que la justice sociale ; Notre projet est révolutionnaire.
Un certain Jean G. nous écrit au sujet du Forum social européen de fin
novembre qu’il serait bon d’y ajouter un thème, celui de l’homosexualité,
l’homophobie, la parentalité, l’adoption, etc. Pourquoi n’y
participerions-nous pas, nous, les Mauves ?
Nous répondrons que nous nous situons à un autre niveau. S’il est utile
qu’il y ait des débats entre citoyens, où chacun peut apporter ses
réflexions, échanger des idées, s’informer, d’une façon informelle, c’est
un tout autre choix que nous avons fait. Nous répondrions, nous, les
Mauves, que nous sommes un parti politique, qui a pris sa place parmi
les autres, et qui propose aux citoyens des choix de société précis, et
élaborés par nous-mêmes. Notre vocation n’est pas ailleurs. C’est
justement parce j’ai eu (et d’autres parmi nous) l’expérience de
l’impuissance des associations à faire aboutir leurs projets adopter leurs
propositions, que j’ai décidé de fonder ce parti. Qui n’est pas réservé aux
homosexuel/les et qui ne défend pas seulement leurs droits, mais qui a
une vision d’ensemble de la société telle que la situation respective des
sexualités est radicalement changée et participe à faire bouger tout le
reste et prend toute sa place dans un projet global.
Nous avons depuis près de cinq ans élaboré un programme tout à fait
(ou à peu près) complet sur ce sujet et nous ne transigerons pas sur ce
point le jour où nous aurons des députés à la Chambre. Pas plus que
nous ne transigerons sur les moyens à employer pour établir une
véritable justice sociale.
J’ai en effet proposé et mes compagnons avec moi dans la déclaration
d’intention et dans le programme de nos campagnes, un ensemble de
mesures absolument radicales et surtout tout à fait neuves dans leur
philosophie de l’être humain à partir d’une réflexion personnelle (*). À
l’heure actuelle nous sommes les seul/es à présenter un tel projet avec
cette cohérence et cette ampleur.
Résumons les brièvement : l’être humain est un être d’expression et de
création de soi en même temps que de relations aux autres, de solidarité
inévitable sur beaucoup de plans, sous quelque forme que ce soit, du
moment que ces relations ne fassent pas de tort à autrui et soient
totalement partagées. Y compris tant qu’être sexué. Ayant ainsi accès à
l’autre par cette voie qui lui fait partager le plaisir des corps.
Mais nous sommes loin de vivre pleinement ce double idéal de partage
et de solidarité. Et souvent, trop souvent,nous le constatons partout, nous
sommes plongés dans la rivalité, violence, la domination, l’exploitation,
l’exclusion, la haine, la destruction, y compris l’autodestruction,
l’incompréhension, les préjugés, un ensemble que charrient encore les
lois, l’éducation, l’autorité, ce qu’on appelle " les mentalités" , l’opinion
publique ", et d’une autre façon l’intérêt le plus immédiat, ce qu’on
appelle d’un terme très imparfait, l’individualisme et l’égoïsme, la
cupidité, les vues à court terme etc. Ce magma et cet enchaînement des
causes et des effets dans lequel l’homme moyen est en général inséré, il
peut en émerger, n’être pas simplement un effet d’autre chose, Il peut
atteindre à la responsabilité. Il peut, dans cette texture, insérer son acte
libre.
Mais au risque de tomber dans un vain idéalisme, il est évident que le
poids des choses les contraintes et les pressions gagner sa vie, assurer
son avenir etc tout ce qui constitue notre environnement social politique
naturel (pour ne pas dire écologique psychologique moral, l’empêchent
de pratiquer concrètement le libre exercice de maîtriser sa vie ses
relations et ses pensées. Ce qu’on appelle la fierté.
C’est là que la politique au sens fort du terme a à jouer son sens plein ;
donner les conditions concrètes à tous de ce libre développement
personnel et solidaire, avec le moins de subordination possible, le moins
d’inégalité possible mouvement jamais achevé, mais qui ne doit pas
s’arrêter ; ce qu’on peut appeler la dignité de la condition humaine
Parmi les grands problèmes que l’être humain a à résoudre au mieux, le
rôle et la valeur des relations sexuelles sont sous évalués faussés
dévoyés réduits ; l’idée de la reproduction a été totalement surestimée,
aux dépens d’autres finalités de la fonction sexuelle. Les lois, puisque tel
est le rôle des pouvoirs publics de donner des règles sociales justes
communes à tous, a donc à charge d’informer les citoyens de ce
redéploiement de la sexualité sous la forme des sexualités, sans
qu’aucune soit privilégiée, dans le champ de la création de soi (bien
préférable au fameux souci de soi de M. Foucault), et du partage et de la
réciprocité des plaisirs des corps, par les moyens qui lui sont propres :
l’éducation, les institutions, l’aide au développement de cette forme de
culture (bibliothèques, théâtre etc) et dans le champ légal par
l’élargissement du droit au mariage, À la PMA ou à l’adoption au
changement de sexe, à l’interdiction de toute mutilation du corps etc. Ce
champ est aussi important, par lui-même que la santé à laquelle on
l’assimile souvent à tort ; car il s’agit du contact le plus intime
physiquement entre deux êtres, donc la chose la plus fine à gérer. Dans
le flou actuel, comment veut-on que les jeunes s’y retrouvent ?
Ce n’est donc plus au niveau du pour et du contre, du jusqu’où –on-- peut
-aller que doivent se tenir le débat et la décision politiques, à coups
d’arguments plus ou moins fondés sur de vieilles problématiques
simplistes, sommaires ou au contraire trop sophistiquées sur le plan
juridique ou scientifique. Il est temps de nettoyer toute une législation
bien vieillotte, pour repartir résolument sur de nouvelles bases ; toutes
les démarches ou avancée actuelles, toutes utiles qu’elles soient ne sont
que du replâtrage des demi-- mesures, du bricolage, qui risquent
toujours d’être remis en causes pour des raisons électoralistes.
L’entropie menace toujours l’humanité. . La volonté de puissance pousse
l’être humain à se soumettre, et même à désirer se soumettre.
Quand on voit que la pire des réactions a relevé la tête, il y a peu et attend,
son heure, on ne peut qu’avoir peur pour le maintien des garanties
fraîchement obtenues sur un fondement trop fragile. Car même les droits
de l’homme doivent sur ce point comme tout point de droit reposer sur
une philosophie de l’être humain dans toutes ses dimensions. Quand
une loi est constitutionnelle, il faut y regarder à deux fois avant d’y toucher,
mais pour toutes les autres, … Et encore, il faut y garder une vigilance
constante, ce que nous appelons une pensée ouverte. L’homme est
dans une anthropogenèse constante, cela mérite toute notre attention.
Notre responsabilité est là
Il faut donc avoir une part du pouvoir législatif exécutif pour pouvoir
s’imposer, et dépoussiérer, et conjointement éclairer. Quand on voit la
perversion actuelle des raisonnements qui osent mettre en doute des
systèmes de protection sociale qui datent de la libération et donner
comme arguments qu’ils sont " d’une autre époque " et que ce serait
donc de l’immobilisme de la garder telle quelle, on peut frémir. Pour nos
sexualités, on peut s’attendre à des raisonnements pervers, en sens
inverse. On les a déjà entendus.
Ainsi pour nous les grands choix sont donc faits. Notre seul effort est de
parvenir à les transformer lois belles et porteuses de sens. Nous
n’avons pas à nous couler dans les priorités électorales qu’ont les autres
partis. C’est leur affaire, mais alors nous passerons toujours après ce
qu’on croit être le plus urgent C’est un pari, nous le faisons.
Geneviève Pastre.
Présidente des Mauves
(*)Élaborée dès1981 dans De l’amour lesbien puis affinée dans
L’homosexuel/le dans les sociétés civiles et religieuses, dans le Bien
aimer essai paru en 1996 et enfin dans Homosexualités
expression/répression (Stock 2000). (Stock 200).
|
|
|