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Edito
EDITO N°6 22.02.01
La curée
On ne peut qu¹avoir la nausée devant le spectacle que nous offrent les médias de cette autre planète - sur cette planète invisible de la terre, peut-être parce qu¹elle en est trop près - ce soir, 22 février, veille du jour de l¹ouverture officielle de la campagne des municipales : un présentateur, de l¹air d¹un inquisiteur austère, cuisinant Daniel Cohn-Bendit au sujet de sa prétendue ³pédophilie². Ce dernier toujours pétulant, généreux, bouillant bien qu¹un peu assagi, était atterré par cette tentative de déstabilisation ignominieuse . Moins par l¹attaque personnelle que par ce qu¹elle révélait d¹une état d¹esprit général, l¹apparition des méthodes les plus nauséeuses que les habitants de cette planète aient pu inventer; parfois ces odeurs traversent la couche d¹ozone, et gagnent nos régions;
Les journalistes évidemment voudraient bien qu¹une maman ait retrouvé du sperme sur la robe fleurie de la petite fille, et l¹aient gardé précieusement ,dans leur armoirependant 25 ans! ils tiendraient leur affaire Clinton version européenne.
Ils sont intelligents m¹a-t-on dit sur cette planète, mais un de leurs jeux favoris, aussi surprenant que ce soit ,est d¹abattre des adversaires à coup de coups tordus. C¹est évidemment incompréhensible pour des gens civilisés comme nous, respectueux des autres, de nos semblables, incapables de commettre la moindre basesse,prâchant le respect des droits de l¹homme et toujours, prêts à la prudence avant de juger autrui, soumettant leur jugement à des débats contradictoires, fondés sur des réflexions soumis à examen . Ils préfèrent passer des années s¹il le faut avant d¹émettre un jugement qui manque de raison, de sagesse, tout particulièrement quand il peut nuire à autrui. Sur cette planète-là au contraire, on se précipite avec gourmandise sur l¹occasion de tuer quelqu¹un. Chez nous les killer sont ceux qui, dans les affaires, abattent l¹adversaire économique.mais on dort bien même sur de la paille qui comme on sait pousse sur les Champs -élysées. Là bas le killer cherche par principe le coup bas. J¹espère qu¹on ne trouvera pas de sitôt la possibilité de se rendre physiquement sur cette planète où l¹on pourrait prendre ce redoutable virus.
Car ils savent bien que c¹est un coup complètement tordu mais c¹est ça qu¹ils aiment. Quand on veut abattre un adversaire politique tous les coups sont permis, même les plus bas. Le plus simple est l¹assassinat, mais pour ça il faut en avoir les moyens, c¹est du grand banditisme, ce n¹est pas à la portée tout le monde et puis c¹est trop vite fait, on n¹a pas son compte de plaisir.
Il est permis de supposer qu¹avec la mauvaise tournure que prennent les affaires politiques,- sur cette planète qui comme je l¹ai déjà dit ne ressemble dieu merci en rien à la nôtre, puisque c¹est tout de même une mauvaise tournure qu¹à un véritable débat de fond sur les véritables problèmes politiques, tant mondiaux que français (et dieu sait qu¹on n¹en manque pas), on préfère un déballage salace, qu¹on maquille de morale, le peuple va baver de plaisir. Ah! ce salaud de Cohn Bendit qui vient manger notre pain, et qui avec son air, heureux, débonnaire, un pertinent impertinent, il commençait à nous casser les oreilles (comme je suis une femme je suis pudique, je pourrais mettre des astérisques à la place dŒoreilles,,mais je ne vaux pas suivre la mode qui oblige les femmes à tout dire et tou faire dela façon la plus crue, si crue même que les hommes en sont estomaqués), c¹est bien fait! nous on est des gens propres,on ne touche jamais une autre femme que la nôtre, ni aucun de nos enfants, jamais jamais jamais, la tête sur le billot! on ne s¹est même jamais touchés. Même enfant?jamais, on était totalement innocent et pur et comment, nous, monsieur! c¹est vrai qu¹on disait cacaboudin , plus pour embêter les parents ou pour faire comme Rabelais! mais c¹est tout, je vous jure. Demandez au curé auquel je me confessais!
Plonger les gens dans la merde, on a appris ça en grandissant,ce n¹est pas du sexe ça. ça reste convenable, ce n¹est, s¹agissant des chiens et de leurs propriétaires qu¹une incivilité! de toute façon c¹est rigolo, c¹est efficace, ça distrait le public, et pendant qu¹il regarde ça il ne s¹intéresse pas aux rpoblèmes de corruption, d¹armements de viols de tortures, de faim, dont on a ras le bol.
Ceux qui jouent les censeurs sans tache savent très bien qu¹en déclenchant une haine irréfléchie, en faisant d¹abominables amalgames, ils ouvrent la porte à la pire facilité, celle qui conduit au pire, appeler au lynchage et déchaîner chez les gens les pires tendances. Ceux qui crient les plus fort, qui froncent les sourcils comme des curés de villages, sont souvent ceux qui ont peur pour eux-mêmes. ³Que celui qui n¹a jamais péché lui jette la première pierre², dit autrefois un homme célèbre, devant la femme adultère que les hommes étaient sur le point de lapider (j¹allais écrire lyncher). Le spectacle est gratuit! Ca se passe encore maintenant ici ou ailleurs, contre les homosexuels, comme ce fut le cas contre les juifs, contre les tziganes, et les noirs, les arabes, comme les femmes tondues à la fin de la dernière guerre devant des gens qui bien souvent furent des collaborateurs bien pensants et qui appprouvèrent.
C¹est pas difficile, il ya toujours une catégorie ou une personne à montrer du doigt. Lancer les gens comme des chiens, aux trousses de quelqu¹un, quelle bassesse! Mais qu¹est ce que c¹est que cette planète qui heureusement n¹est pas la nôtre!
On a beaucoup écrit dit théorisé moralisé sur le désir. D¹une façon savante, perverse, délirante, sophistiquée,morale. Mais on n¹ a pas encore des idées bien claires sur le sujet qui fait toujours peur; et quand on a peur de soi, on en arrive à avoir peur pour soi, La peur qu¹on crée chez l¹adversaire avec une joie idiote, imbécile et mauvaise, ne serait-elle pas le reflet de sa propre peur, devant soi-même, sa propre sexualité, ses cloisonnements difficilement étanches, ses frustrations, ses mensonges, ses forces mal connues, mal comprises, mal aimées, refoulées, enfermées au placard de l¹interditet du non dit à jamais. A cela s¹ajoute la peur d¹être un jour à la place de l¹autre, de celui qu¹on met au pilori, il peut y avoir un effet boomerang, On tape donc le premier, et le plus fort possible C¹est comme ça que se commettent des crimes, paraît-il, sur cette planète-là. Cet air de chasse aux sorcières rappelle de terribles choses. Mais j¹espère surtout qu¹elle ne les annonce pas.
Alors je voudrais faire une remarque et une proposition: il a beau prendre un air sévère, un air de juge et de curé, le présentateur - de cette autre planète -, comment ose-t-il, en prime time, aborder un sujet pareil devant les enfants innocents qui sont à table; n¹a-t-il pas conscience du risque qu¹il fait courir aux enfants qui le regardent et peut-être à sa propre fille? et comment ne pas penser qu¹il est responsable des idées que vont avoir ces enfants, ces milliers d¹enfants qui, on le sait bien, n¹ont pas de désirs jusqu¹à l¹âge où ils cessent d¹appartenir à leurs parents, c¹est à dire dix huit ans!
Je voudrais, moi, qu¹ils en rient, pas seulement sous cape devant le censeur hypocrite, mais d¹un bon rire franc et qu¹ils osent poser des questions, à leurs parents, les vraies questions , c¹est à dire celles qu¹ils se posent à eux-mêmes avant de les censurer par peur d¹être réprimandés, jugés, punis. Peut-être qu¹un vrai dialogue pourrait s¹établir enfin. Relisez de l¹Amour de Stendhal.
Autrefois les enfants jouaient au docteur, au papa et à la maman, et les mères laissaient faire avec indulgence. Un homme de la grande bourgeoise fit au début du siècle une remarque fort juste: ³nous élevons nos filles comme des saintes et nous les livrons comme des pouliches². Ne faisons pas semblant.
Une proposition : il faudrait, enfin, réfléchir, nous, les adultes et faire réfléchir les enfants, les adolescents et les adultes. Mais il faudrait cesser de tricher tout le temps, de jouer double jeu,²faites ce que je dis mais pas ce que je fais², ³ça se fait mais ça ne se dit pas², démêler cette horrible pelote , ou ce jeu de cache cache, ce vilain jeu de l¹hypocrisie, du tabou, dire une fois : ³pouce, on s¹assied, on réfléchit ensemble et au lieu de recommencer pris dans l¹engrenage comme le raenard dans sa cage tournante, ³on fait autre chose².
Que les choses soient difficiles d¹accord, mais on peut aller lentement, sereinement. Nous partons de rien, soit, il suffirait tout de même que nous osions évoquer la question du désir chez les enfants. Il y faudra une infinie prudence, une infinie sagesse, une infinie tendresse humaine, ne pas arriver avec nos gros sabots ni théoriques ni moralistes, relire Rabelais et Montaigne peut-être. Je ne sais pas si la société dŒaujourd¹hui, qui prostitue si aisément pourtant les fillettes et les garçons, qui laisse tuer ou mourir les fillettes dans certains pays, qui exige dans certains pays -de cette planète- le témoignage de deux femmes contre celui d¹une seul homme, qui a besoin d¹un tribunal international à la Haye pour condamner des viols collectifs de femmes, ou des tortures sur quelque personne que ce soit, y compris les excisions et mutilations sexuelles, je ne sais pas si cette société est prête à mieux connaître l¹enfance. Autrement dit, tant qu¹elle oubliera son enfance, la reniera, elle continuera à se méconnaître elle-même, à avoir peur d¹elle-même et à multiplier les erreurs et les souffrances. et pire à les perpétuer.
Une réflexion sur le fond: bien entendu, il faut défendre l¹enfance contre les abus les sévices dont ils sont victimes par personne ayant autorité sur eux, mais comme le statut de l¹enfant n¹est pas clair , et que l¹enfant est toujours soumis à une autorité et manque totalement de liberté, il est toujours en danger et toute autorité peut être jugée responsable et coupable. Alors que l¹on devrait se poser la question sur le statut de l¹enfant:quand a--t-il droit à la parole? où voit-on son témoignage? et ce témoignage pris en compte? l¹Année de l¹enfant a vu une prolifération de discours sur l¹enfant. Mais où et quand a-t-on invité les enfants à parler d¹eux-mêmes?à dire leur vérité? On leur apprend à mentir, à être hypocrites, ou à l¹opposé à être à la fois juges, accusateurs, sans qu¹on leur iat demandé leur avis sur le fond de la question! ce sont des otages, pris au piège dans les enjeux des adultes prêts à sŒentretuer.
Pour conclure sur cette affaire, je dirai que la défense du droit de l¹enfant à disposer de lui-même est loin d¹avoir commencé, que les amalgames faits , -sur cette planète voisine-,utilisent les enfants comme des pions, quitte à les lâcher à la première occasion, que l¹enfant que nous avons été, nous ne cessons de le trahir par la suite, mais et peut-être surtout que nous sommes pris dans la folie de la course au pouvoir quels que soient les moyens employés.
C¹était un triste spectacle que celui auquel j¹ai asssisté hier soir :un homme à abattre. La politique aujourd¹hui est d¹autant plus corrompue qu¹elle se sert de prétextes moraux pour cacher sa propre turpitude.
Et bien non, il est certain que, pour les Mauves, la fin ne justifiera jamais les moyens, que de mauvais moyens non seulement discréditent, mais corrompent toujours définitivement la fin.
Geneviève Pastre
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