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Edito
EDITO N°7 28.02.01
Une ville en chantier
Après les crottes de chien, l¹air pur, la verdure et la sécurité, des tramways partout, on cherche ce qu¹on pourrait bien offrir aux Parisiens, qui sont le nez devant une vitrine de patissier (celle de bien des partis), et ne savent pas quoi choisir: des arbres, des jardins publics avec des bancs publics? tous les partis cherchent comment faire le meilleur cadeau, ou vendre leur camelote ou convaincre de leur idéal, parce que ça existe encore,chez certains.
On verra après pour le niveau national, qui se profile juste derrière. ça ressemble comme deux gouttes d¹eau aux matchs, dŒailleurs à la télé on en vient à zapper d¹un sujet à l¹autre, c¹est presque à l¹identique. Nous aussi, les Mauves, nous sommes descendus dans l¹arène de Lutèce, et, avec notre lanterne, nous avons cherché, comme Diogène, des hommes dans la ville. Nous en avons vu de toutes sortes, depuis les gens dans des cartons, jusqu¹à ceux qui habitent dans de vieilles maisons de pierre de Paris aux hautes fenêtres se mirant dans la Seine.
Nous avons imaginé des mesures, qui ressemblent à d¹autres, parmi les plus radicales. On nous rétorquera que nous avons peu de chance d¹être élus pour le moment, et que, dans ce cas, nous n¹avons pas de problèmes de budget. D¹accord. Que nous sommes devant une Ville qui est aussi un département,etc, qu¹il y a de multiples interférences entre les différents pouvoirs qui se partagent Paris. C¹est entendu, nous n¹avons de chiffres, nous n¹avons les dossiers en tête, nous passons pour des nigauds, comme Arlette Laguillier, hier soir, qui a tellement désarmé les journalistes qu¹ils en sont restés quasi muets, eux pourtant qui peuvent en apprendre à beaucoup comment mettre des bâtons dans les roues des invités,ou mettre de l¹eau savonneuse sous leurs pas.
. Nous avons quand même pensé aux questions les plus concrètes, les plus immédiates celles qui se posent à nous dès que nous descendons dans la rue : tramways,métro et piétons (transports), espaces publics, culture pour tous, aménagements à la taille et au pas de l¹être humain, loisirs,vie collective et vie privée, sécuritépour les bonnes gens etc Tous les problèmes sortent en foule des pavés,et des bouches de métro, comme de la boîte de Pandore, et l¹espace en est plein. Enfin presque, la tour Saint Jacques est là pour nous le rappeler, puisque c¹est là que Pascal a refait l¹expérience sur le vide, qu¹il avait commencée au Puy de Dôme comme chacun sait; j¹en profite pour dire que c¹est lui qui a eu l¹idée des omnibus, l¹inventeur des transports en commun!
Mais nous avons pensé quand mêmequ¹il fallait simultanément tenir les deux bouts de la chaîne complexe qui fait une ville et tantôt comme les personnages de Chagall planer dans les airs, tantôt s¹identifier aux égoûtiers et aux voyageurs du RER, voir par en dessous.
Mais aussi voir à travers les mailles de la grille de lecture qu¹on nous a préparée et présentée comme la seule possible. Une ville comme Paris peut être regardée de différentes manières, on peut la voir comme une représentation de soi-même, comme des labyrinthes multiples entremêlés, symboles de nos vies, d¹où l¹on peut partir à la quète de l¹autre, des autres, des différents, des inconnus. Paris a su se créer des quartiers avec ses habitudes et ses caractéristiques, des cafés, des bars, des bistrots, des petits théâtres, des ateliers, de boutiques, des cours avec des portails qu¹en général dans la journée on peut pousser, des mairies, des musées, des bibliothèques, où l¹on peut pénétrer. Le centre Pompidou était exemplaire, sur ce plan, s¹y mêlaient le soir dans la salle des nouveautés des gens si differents qu¹on pouvait croire à une petite cour des miraclesde pauvres bougres avec leurs odeurs qui côtoyaient sans façon des gens désoeuvrés, venus se poser là, attrapant au vol une bribe d¹une livre, s¹ouvrant l¹esprit au hasard. C¹était le début d¹une autre ciivilisation. Un jour, un jeune employé me demanda de répondre à un questionnaire sur le Centre, et sur la bibilothèque: j¹adore venir y travailler, répondis-je, parce que je me sens stimulée, il n¹y a pas d¹un côté une élite et de l¹autre des gens considérés comme des cons qui n¹y auraient pas accès, nous sommes fraternellement tous sans distinction côte à côté absorbés par nos recherches et libres dŒaller à la découverte de rayons en rayons, comme dans un gateau de miel. C¹est le principe du square, ce petit espace offert à la détente, la rêverie, la contemplation des rosiers, et l¹esprit y travaille librement, en vagabondant il s¹y refait.
Quand j¹ai quitté la grande banlieue où j¹ai passé tout de même plus de quinze annnées heureuse avec verger,lilas, jardin, des amis m¹ont demandé ce que j¹allais faire à Paris: ³trouver l¹oxygène intellectuel² qui me manque. Oui, parfois j¹étouffe, moi aussi, je tousse, j¹ai les yeux qui piquent et je suis en colère et, quand ils auront leur part de pouvoir, cela arrivera un jour, les Mauves mettront tout en oeuvre pour nous délivrer des excès et erreurs actuelles, c¹est évident.
Mais cela n¹empêche pas de mettre en valeur,en deççà ou audelà de ces critères, ce je ne sais quoi qui est porteur positif, stimulant , dans l¹effervescence et la diversité d¹une grande ville. Cela fouette l¹esprit qui se met en branle, voit la société d¹un autre oeil que du fond dŒun jardin fermé. toutes ces vies qui se croisent sans se connaître, mais d¹une certaine façon composent et recomposent l¹espace urbain et composent avec lui, réfléchissent, se posent des questions plus intéressantes que celles qui accablent souvent les très petites villes, où ³tout se sait si vite ³ où il ne peut y avoir d¹anonymat, où on vit sous la surveillance quasi constante des voisins. Je voudrais faire l¹éloge de l¹anonymat qui n¹est pas aussi effroyable qu¹on a tendance à l¹affirmer. J¹habite un immeuble moyen où il y a eu toujours une solidarité qui sait se faire discrète quand il il le faut mais qui existe. Les modes de vie sont si divers divers, les gens sont ainsi poussés à penser des problèmes qu¹ils n¹auraient pas imaginés, les choix de vie dans leur ensemble, et à prendre plus de hauteur. C¹est vrai qu¹ il y a une façade et qu¹il y a des secrets. Ce qui se passe est encore parfois digne de Pot Bouille mais les campagnes recèlent leurs propres horreurs et leurs misères.
L¹énorme brassage social, ethnique, culturel que crée une capitale, est une chance pour les habitants.
La longévité est plus grande à Paris qu¹ailleurs; j¹ai connu dans une petite rue drrière lea Bourse une vie!lle dame de plus de 85 ans, elle était concierge, elle allait sur les grnds boulevards juste derrière, elle était heureuse plein de vivacité. Ses enfants l¹ont emmenée dans la banlieue nord (elle ne serait plus seule et garderait les petits- enfants),dans un immeuble neuf. Plus rien à voir, personne à qui parler, le fourmillement de la ville était pour elle une stimulation constante. Je l¹ai rencontrée depuis triste, démoralisée, abattue. J¹étais en colère.
On nous donne sans cesse pour des modèles d¹analyse ce qui n¹est que des stéréotypes et nous suivons comme des moutons de Panurge.!Mais qu¹on ne me fasse pas un mauvais procès. Cela ne donne pas raison aux conservateurs fortunés ou fortunés conservateurs qui ont de belles résidences secondaires, à une centaine de kilomètres de Paris ou le plus loin possible en montagneou dans quelque île et qui se moquent pas mal de ceux qui n¹ont pas les moyens de s¹offrir la datcha et le potager de leurs rêves.
Bien sûr qu¹il faut faire tout ce qui est imaginable pour que tous les habitants soient logés dans des conditions normales pour un prix non prohibitif dans l¹enceinte de Paris, ce qu¹on appelle Paris intra muros². Il n¹est pas question de créer ³l¹harmonie entre les pauvres et les riches²,quelle affreuse expression trouvée dans un journal qui m¹est tombé sous la main et que je ne suis pas près d¹oublier, mais de rééquilibrer la répartiton des richesses, quitte à exiger leur part aux plus nantis(par l¹ISF) et aux immenses capitaux qui circulent (en particulier et entre autres par la si contestée taxe Tobin ou par tout autre moyen). L¹injustice et l¹inégalité sont insupportables. Et là l¹Etat doit jouer son rôle et ne pas laisser ce soin aux associations caritatives comme aux USA (cette part dûe à des mécènes privés est en effet déduite de leurs impôts).
Mais s¹il ne faut pas accepter que le fossé se creuse entre les quartiers nantis et les autres plus populaires, il faut aussi, et pour tous, redonner sa place à ce qui n¹est pas d¹ordre marchand. Dans ³la société du confort² Jacques Dreyfus fait le procès d¹une certaine conception mécaniste du confort; il ose un concept: le Œ¹confort discret¹¹, dont le symbole est un petit cadeau déposé réhulièrement pour une voisine derrière un rideau accroché dans une cour à une fenêtre du rez de chaussée ³la cache à cadeau²; les normes de construction sont devenues très rigoureuses et tant mieux, mais ne il faut pas oublier ³l¹ailleurs ³, ce qui est un espace de liberté et d¹usage libre, quasi indépendant des règles; regardez l¹ennui des avenues cossues du XVIème, et passez à Belleville, au XVIIIème ou au vingtième. C¹est là qu¹est la vie, fourmillante, pleine d¹invention, et d¹imprévu. Qu¹a-t-on fait des titis, des badauds, des marchandes des quatre saisons,? vision romantique et désuète? mais pas du tout! Car méfions-nous de l¹artificiel : cette vie sociale que l¹on veut créer, elle existe déjà. Mais le pouvoir en a peur, rappelez-vous que, dès l¹été 68, tous les pavés du quartier dit latin ont été recouverts d¹une épais macadam. Cette vie propre, ³on ne sait la reconnaître que quand elle est domestiquée à travers des équipements ad hoc et des associations ou par tout autre moyen². Cette part de liberté, d¹initiative, n¹a pas besoin du contrôle ni des soins attentifs des pouvoirs même municipaux; ce serait, paraît-il , précisément, ³ des gisements démocratiques², car il n¹existerait de démocratie que grâce à l¹assise juridique qui leur est donnée ensuite par le pouvoir. Or on a constaté que, dès que le droit enregistre une nouveauté, ³le souci de novation démocratique renaît ailleurs².
Tant il est vrai que l¹être humain tend à s¹inventer et à réinventer son milieu, même quand il est pris des structures aussi puissantes, impressionnantes, et lourdes que celles d¹une cité comme Paris; cela donne de l¹espoir. C¹est pourquoi, nous soutenons les innovations spontanées, en particulier les squatters d¹art et les actions du DAL : ils précèdent la loi ; ils ne la transgressent pas ; quand la loi est injuste il faut la changer. L¹hommme est un chantier, disait Merleau Ponty, mais Paris est toujours en chantier dieu merci!
Geneviève Pastre
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