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Edito
EDITO N°14 06.11.01
SOCIETES CLOSES, SOCIETES OUVERTES
Le vocabulaire employé dans la campagne électorale oscille entre celui de la guerre et celui du sport.
Il est intéressant de voir comment le vocabulaire employé dans la campagne électorale, quelle qu'elle soit, oscille entre celui de la guerre et celui du sport. Cela peut paraître choquant. Pourtant le sport représente moralement et socialement un grand progrès : en effet l'affrontement dans un sport collectif ou dans une compétition transpose en un exercice pacifique les règles de la guerre, en propose une version civilisée, sans mort d'homme ni sang versé, sans haine, ni conséquences tragiques pou rune personne ou un peuple entier. Cela ressemble fort aux personnages en poterie qui entouraient les tombes des notables locaux au Japon du V° et VI°siècle (*) et remplacèrent sans doute les sacrifices humains. Les enjeux là aussi sont symboliques, ils réparent l'injustice violente de la mort pour chacun, sans la provoquer en retour ; le rituel permet, comme dans les arts martiaux d'aujourd'hui, de transformer en outil de paix ce qui était d'abord un outil de défense et d'attaque, donc potentiellement de blessures, de sang versé et de mort.
Le remplacement de la guerre réelle par le sport ( progrès de la civilisation) ne peut masquer les terribles luttes de pouvoir, de puissance, de domination ou d'expansion des Etats.
L'agressivité redoutable qu'il y a en chaque être humain, la pulsion de mort, la violence qui, il faut bien le reconnaître plus qu'en passant est propre plus particulièrement au mâle en raison de sa virilité, et du sens qui lui est donnée encore dans les civilisations actuelles, pose un problème qui semble insoluble. Il est vrai que le sport où l'homme se délivre de son énergie, d'une manière ludique, ne peut être une solution politique. Le remplacement de la guerre réelle par le sport aussi bénéfique soit-il et significatif d'un progrès dans la civilisation, ne peut masquer les terribles luttes de pouvoir réel, de puissance, de domination ou d'expansion de ces unités sociales et organisées que forment les Etats, les nations les peuples, les ethnies, les religions, les idéologies. Les modes d'exercice du pouvoir, les types de gouvernement, auxquels chacun est soumis et à l'intérieur desquels chacun se meut selon ses intérêts immédiats ou la simple nécessité, le désir de rester en paix tranquille, de vaquer à ses occupations, sa vie privée, ou sous l'effet de la peur, voire de la terreur (pour vivre heureux vivons cachés) sont pourtant, dans nos systèmes démocratiques, voulus par le peuple, c'est à dire, vous et moi.
Tout le monde n'a pas la vocation politique, certes, mais justement, le peuple délègue des représentants, qui se trouvent, sans mandats impératifs, rappelons-le, ce qu'on appelle précisément faire de la politique, investis du droit à gouverner c'est à dire, de faire le travail d'organiser l'ensemble, l'espace social, culturel, pour le mieux être de tous. Mais tout le monde ne pense pas la même chose, n'a pas la même idée de cette organisation, c'est donc par le jeu des élections libres (elles-mêmes votées par le peuple, que chacun choisit son candidat. Les partis (selon l'article 4) contribuent à l'expression des suffrages. Il s'établit donc une concurrence, qui, selon des règles précises et modifiables, aboutit à des choix qui, pour une durée donnée, seront la règle générale.
Au lieu de faire appel à la réflexion, les politiques actuels usent du vocabulaire guerrier. Ils invite le peuple aux jeux du cirque des médias, non à choisir les règles du jeux.
Même s'il y a compétition, les conditions générales, l'origine historique et l'adoption des règles du jeu, sont réfléchies proposées votées, il est donc bien dommage d'utiliser toujours le vocabulaire guerrier, voire sportif, qui ne sont pas de l'ordre politique; au lieu de faire appel à la réflexion, on réduit, on fausse même la signification de ce moment crucial, on invite le peuple (vous et moi) à des jeux qui furent jadis les jeux du cirque et qui sont maintenant ceux des médias, on nous invite ainsi à participer au spectacle, et non à choisir les règles du jeu dont nous serons dépendants pendant des années.
Or nous sommes dans une civilisation qui heureusement fait, en principe, appel aux ressources de la réflexion, au dialogue, à la négociation et non à celles des passions collectives, des engouements aveugles, des exacerbations de haines qui conduisent aux guerres civiles, ( toutes civiles), et à l'exploitation de l'ignorance, par le mensonge ou l'orientation de l'information, profitables aux seuls ambitieux sans scrupules, aux tribuns, aux fortes gueules, à des médiocres qui profitent de l'engourdissement mental provoqué par de savantes ou grossières méthodes démagogiques chez la plupart.
Toute politique doit être un art de la réflexion, de la concertation, de la négociation, du choix à court, moyen et long terme.
La politique en a donc lassé beaucoup. Il n'y a pas de solutions miracles, de recettes magiques comme pour tout ce qui est humain, il faut accepter le lent travail, il faut apprendre la patience et l'obstination à trouver des solutions qui rabotent progressivement l'ignorance, les souffrances inutiles, les médiocrités, les égoïsmes, les faux-fuyants, la sottise, la suffisance, les illusions, les truquages, il faut accepter le " principe de réalité ", être lucide et actif.
Le " citoyen qui ne fait pas de politique " peut prendre intérêt aux événements nationaux et mondiaux, à condition qu'il apprenne à décrypter le sens de ces derniers et à ne pas en rester aux séquences d'événements qu'on lui largue, qu'on lui fourgue, à grandes pelletées et souvent en boucle pour mieux l'émouvoir et l'empêcher de penser, à lire entre les lignes, à saisir les arrière pensées et à se former le jugement
A défaut de lire des ouvrages de fond, ce que tout le monde n'a pas le temps de faire, ni la formation nécessaire, il faut lire la presse, de préférence (au moins) deux journaux différents chaque jour. Regardez les émissions de débats contradictoires à la TV, plutôt que de s'en tenir aux journaux télévisés. Car au lieu de se détourner de la politique ou de se replier sur soi, et sur sa bonne petite identité française non polluée, neutre, de se fondre dans un pays d'autruches ( même républicaines, même révolutionnaires, et pourquoi pas monarchiques, c'est le dernier cri, ah ! les chapeaux de la reine- mère, et les mains gantées de soie et les têtes couronnées aux balcons, ah ! je pleure), je crois qu'il est beaucoup plus intéressant de vivre, d'essayer de vivre ; métro boulot dodo, même cette vieille formule retapée au goût du jour, style : e-economie, e-vélo et e-sexe, non, vivre.
VIVRE ? COMMENT ? POURQUOI ? VERS QUOI ?
On (le Monde) a parlé, il y a un ou deux jours, de la possibilité pour Le Pen, dans le contexte actuel, d'avoir des voix, puisque tout pousserait " les gens " à approuver un système qui résoudrait automatiquement l'immigration, la sécurité, la violence, quoi ! Cette nostalgie d'une bonne vieille France est un piège redoutable pour bon nombre de gens de bonne foi, abusés, une incitation à ne plus penser, à s'appuyer sur un système autoritaire, à la culture et à l'idéologie simpliste, qui rassurerait enfin une fois pour toutes ; une société figée, bornée, aux valeurs immuables, une société morte.
Or le paradoxe est, justement et heureusement que les Français restent frondeurs, et que ce vilain jeu ne durerait pas longtemps. L'invention de " l'Etat français " de sinistre mémoire, n'a duré que quelques années. Il n'empêche que les nazis ont laissé des armoires pleines de lettres anonymes de dénonciation de leurs voisins, qui ont, paraît-il, estomaqué les destinataires eux-mêmes, eux qui pourtant avaient été à bonne école. - Pourquoi remuer cette boue puante ? me dira-t-on, parce qu'un peuple qui s'ennuie, qui se nourrit d'une culture stérile étroite conventionnelle, se reproduit à l'identique s'épuise, dont les membres n'inventent plus rien, tournant le dos à tout changement et tout échange, n'ont pas d'espace de pouvoir d'expression " contestataire " et qui ont perdu tout espoir, devient mesquin, pauvre d'esprit, méchant, se dessèche, dépérit lui-même, pourrit sur pied.
Mais en face il ne faut pas non plus, parmi les politiques qui ont des idées vivantes et non des idéologies, qu'il y ait la " guéguerre ", sur des têtes, des faux-semblants, des charismes ou des éreintements sans fondements, car alors on n'aura plus que des marionnettes des deux côtés dans un face à face grotesque et comique, désespérément comique.
On s'est moqué des discussions politiques des " cafés du commerce ", autrefois, or il y a à présent des cafés philosophes, moi, je souhaiterais qu'il y ait des " cafés politiques " avec débats dans le peuple, venus du peuple (et non téléguidés seulement par les associations ou les syndicats.) Ce qui serait le contraire du populisme. Depuis 1968, les gouvernements ont une peur bleue de cette liberté incontrôlée où tout le monde se parlait dans la rue (on ne parlait pas encore de proximité, on la vivait) ; si les gens sont dégoûtés de la politique c'est aussi parce qu'ils sentent bien qu'on veut les prendre comme des poissons dans des filets, ils devinent l'hameçon ; or ils ne veulent pas passer à la poêle !
LES MAUVES : PARTI FEDERATIF HORS DU COMMUN
Les Mauves sont le seul parti fédératif, dans sa structure et son esprit, avec entière liberté d'expression, mais aussi, à partir d'une conception de l'homme commune, ouverte, d'idées, dans un échange constant. Ce parti ne ressemble pas à une machine de guerre, sous quelque forme que ce soit. Nous avons fait ce pari, parce que la fin ne justifie jamais les moyens, et que les moyens œuvrent à détruire la fin. Nous proposons de travailler à une société où chaque individu pourra avoir la jouissance concrète de la Vie : à la fois solitaire et solidaire, par des échanges constants, voulus libres et librement consentis, de services, de biens matériels, utiles ou gratuits et beaux, d'idées, d'inventions, l'ensemble étant orienté vers la vie. Qui est création, changement, renouvellement, mouvement, accroissement, découvertes, enrichissement mutuel et jamais MORT et jamais COURSE, course aux armements, course au profit course à l'argent, course aux titres et aux diplômes, killers accourez, non, nous cultivons l'art de vivre qui comprend l'art de la paix et l'art d'aimer
L'art de la paix est un rude et difficile apprentissage. Il nous engage tous à penser les problèmes dans leur ensemble et à prévoir et organiser des moyens pour sortir des ornières où nous sommes embourbés et dont nous ne sortons que pour retomber dans une autre. Le film " Trois soldats allemands " illustre cruellement cette répétition, destructrice de l'être humain, mais la nécessité d'une vraie culture. Un pays doit en donner les moyens à tout le monde, des enseignements, des bibliothèques, musées, théâtres, la transmission d'une grande honnêteté morale et intellectuelle, mais aussi celle du savoir et du véritable esprit critique qui est son corollaire. Il faut garder l'enseignement de l'histoire, mais aussi la connaissance des êtres humains, donc celui de la philosophie et de la littérature et des arts, celle des langues avec leurs cultures, de la sociologie et de des sciences de l'homme en général.
L'espèce humaine est la seule non protégée
Si le/la président/e est vraiment " le chef suprême des armées ", il est certain qu'il faut faire précéder ce titre et les fonctions qui y sont attachées, d'un " préambule ", comme celui de la déclaration des droits de l'homme, pour bien préciser que l'objectif de paix est premier ; pas pour accepter n'importe quoi, au nom du peuple, en particulier de nouveaux Munich, des capitulations honteuses, des traités intéressés, ni quoi que ce soit au service d'ambitions personnelles. Mais un mélange de prudence, de hauteur de vue, entre le " si vis pacem para bellum " et " le si vis pacem para pacem ", il faut choisir "la deuxième formule bien sûr, avec un " je- ne- sais -quoi " de très raisonné, limité, constamment et explicitement critique si l'on n'a pas dépassé ou pu dépasser, encore la première formule. Il faut au moins toujours avoir à l'esprit cette formule : " l'espèce humaine est la seule non protégée " et agir dans le doute permanent. La confusion de la virilité et du courage guerrier, si enracinée, est une erreur immense dont nous payons encore les effets. Même s'il y en a sur le plan technique, dans un sens proprement humain, il ne peut y avoir " d'art de la guerre ", Seule la réflexion et la négociation sont le début de l'humanité ; c'est comme la suppression de la peine de mort : nous y parviendrons, au nom que quelque principe ou divinité que ce soit. Jamais de culture de mort !
L'art d'aimer, nous sommes les seuls à oser le poser avec éclat sous un jour tout à fait nouveau, vaste et unifié dans ses diversités, bonheurs des sexes, des corps, des pensées, des dires, des écrits des témoignages des oeuvres d'a sur le sexe, sur les relations, les modes de vie, les désirs d'enfant ou non, des hommes/ femmes, bonheurs des nouvelles relations homme/homme, femme/ femme, explorations tendres ; non pas l'éclatement souvent forcené et triste actuel, pas un amour de mort, non mais la démesure, l'immensité de la découverte, pas l'exploitation d'un sexe par l'autre, mais un échange juste et libre. Faites l'amour avait dit Béjart, pas la guerre. Et pourquoi pas la joie ?
(°)Haniwa, gardiens d'éternité du Vème et Vème siècle centre de la culture du Japon, 101bis quai Branly, 75740 Paris XV
Geneviève Pastre
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