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EDITO N°18 12.12.01

BREVE ou presque
Des femmes encore ! ! des homos, et des autres.

Une erreur s'est glissée dans l'édito précédent. Il fallait lire : " avez vous vu les femmes afghanes jeter les barbus par -dessus les moulins, les clochers, les mosquées " et non les burqas ! La correction faite à la dernière minute affaiblit considérablement la portée du geste de ces femmes. Nous corrigeons donc bien volontiers la correction erronée. Et du même coup je salue avec une immense émotion le courage de cette femme médecin militaire, Sohaila Sédique qui dit (cf le Monde du 26 11 01 ) n'avoir, avec sa sœur, jamais porté la burqa : "pas un jour pas une seconde", et qui ajoute qu'elle ne se marierait jamais parce qu'elle ne supporte pas que "quelqu'un ait autorité sur elle". En revanche, une jeune étudiante déclare : "Si je l'enlève, tout le monde va me regarder. Je ne veux pas être la première femme kaboulie sans burqa, même si je pense que cela ne poserait pas de problème ". Il n'est pas question de blâmer ici cette jeune fille de seize ans qui a donc passé près de six ans de sa vie sous la menace du fouet des talibans (emportée par la rhétorique j'allais écrire "la férule"). C'est bien le signe de l'intériorisation de l'oppression, qui amène la victime à anticiper sur le châtiment (même devenu improbable), ce qu'on appelle des sêquelles psychologiques.
Moins pardonnable, infiniment plus lâche est la réflexion de cette femme pilote de Concorde, qui profite sans vergogne de la lutte organisée, constante, courageuse, intelligente des féministes des dernières décennies du XXème siècle (et pour cette raison tant décriée, moquée, narguée par les " mâles ", les " dominants, (on n'avait pas attendu Bourdieu pour le savoir, le proclamer, et lutter contre, mais si c'est Bourdieu qui le dit, alors, gagne en crédibilité, allez savoir pourquoi ) et qui les trahit allègrement en disant en substance : je ne suis pas féministe, j'aime faire la cuisine et repasser les chemises de mon mari.
D'une part, sans tomber dans le plus sot des stéréotypes. avec son immense culture, elle devrait être capable de faire une analyse de la situation des femmes et de leur évolution, sans déchoir, bien au contraire, puisqu'elle exercerait son intelligence critique aux problèmes humains D'autre part on peut être féministe et jolie élégante maquillée porter des talons et aimer faire la cuisine ET être féministe, ou porter des jeans et des baskets, ET être soumise sans condition au mâle, pour les choix importants. J'ai vu de petites ou grandes sottes se renier allègrement sans (vouloir) voir le sourire narquois et vaguement méprisant des hommes qui les écoutent. Et j'enrage quand je vois et entends des femmes affligées de ce tic, qui ne peuvent commencer une phrase, sans dire le trop fameux couplet 'je ne suis pas féministe féministe féministe ", autrement dit cirer les pompes de leurs amants ou maris, reniant les femmes qui les ont précédées, peut-être leurs mères ou grands mères, qui se sont exposées elles, à une heure où elles risquaient vraiment quelque chose ; mais plus encore, je méprise cette attitude, car elles se désolidarisent un peu légèrement, ces femmes qui ont la chance de vivre en démocratie et qui sont dans l'aisance,qui ont eu accès à la cuture , ne sont ni du tiers ni du quart monde ni rmistes, ni ouvrières ches XXXY, des autres femmes d'ici du monde entier.

Bien sûr qu'il faut être féministe, et si je souhaite que les Mauves parlent d'antisexisme plutôt que de féminisme ce n'est pas pour imiter ces minauderies de midinettes, mais c'est parce qu'à mes yeux le féminisme n'a pas été assez loin en n'osant pas aller jusqu'à étendre le slogan " mon corps est à moi ", jusqu'à ses conséquences logiques : " j'ai le choix d'aimer un homme ou une femme. J'ai le droit de choisir ma sexualité ". ça non elles se sont bien gardées de fâcher leur maître et seigneur. Ou si elles n'en ont pas, leur maître et seigneur professionnel et politique.
Nous ne dissocions pas les diverses formes que prennent les discriminations et les idéologies qui prennent prétexte des différences sexisme, homophobie (et lesbophobie, certains l'oubliraient aisément), intégrisme religieux, nationalisme, racisme,etc Toutes doivent être éliminées de nos sociétés et remplacées par des rapports d'égalité, de respect de l'autre donc de soi-même, de reconnaissance de l'autre, de dialogue véritable . Il y a là création d'une éthique qui transcende la prétendue intangibilité de toutes les cultures. Ces traditions peuvent comporter des pratiques et raisonnements non justifiés, injustes, donc amendables.
Les gais qui cachent leurs droits au Pacs derrière l'universel font montre, mutatis mutandis, de la même lâcheté. Moi, gai ! enfin, heu ! bien sûr, mais ça n'a pas d'importance, On ne va pas en parler tout le temps quand même ! quant à ceux qui se moquent des autres problèmes, du moment qu'on a des droits, le reste on s'en fout, ils commettent la même erreur poltique grave. Il faut envisager tous les problèmes ensmble, ils ont toujours partie liée, inexorablement et l'histoire le démontre toujours.
Nos candidats déclarés à la présidence qui sortent leurs épouses(*), Bernadette, Babeth ou Marie-Antoinette, de derrière leurs fourneaux pour les exhiber, afin qu'elles soutiennent leur cause participent de ce familialisme patriarcal, de la culture de la tribu ou du clan, tant décrié et à juste titre dans d'autres pays. En pays de polygamie, il y en aurait deux ou peut-être dix, signe de leur richesse personnelle, comme un troupeau de vaches ou de chèvres, ou leurs actions. Quelle régression pour les uns et les autres ! quel ridicule !
Nous ne sommes, aux Mauves, les femmes de personne, nous n'avons pas de femmes à exhiber, nous n'avons pas de rapports de propriété avec les êtres humains, nous apprenons des rapports d'égaux à égaux, il n'y a et il n' y aura pas de statut particulier en fonction de nos différences, richesses culturelles affirmées et vécues, qui sont d'individus à individus, chacun étant un singulier irremplaçable. Nous n'en tirons pas gloire, mais fierté, et responsabilité. Quand nous serons élus, à quelque poste que ce soit, nous veillerons à ce que ces archaîsmes n'apparaissent plus dans aucune situation à l'égard de quiconque dépendrait de nos lois et de nos choix politiques.

Geneviève Pastre
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(°)Mères et femmes Pierre Georges, le Monde du 5 12 2001
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