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Edito
EDITO N°19 du 12 05 02
Pensez plus loin que le bout de votre plot !
Après le soulagement du 5 mai, comme un (bref ?) sentiment de découragement. Car l’Histoire ne s‘arrête jamais, le répit n’est qu’apparent.
Ce n’est pas qu’une vision romantique des choses, c’est une réalité politiquement impitoyable ; on est bien obligé de voir quelques nuages noirs (pas forcément atomiques mais ce n’est guère mieux) à l’horizon politique. Et dans tous les sens du terme, car la plupart ont enfin compris que qui ne fait pas de politique est en fait totalement dépendant de celle que font les autres, à sa place et pour lui. Ça, c’est le message basique : une vie individuelle est forcément déterminée par le type d’organisation de la cité dont il est membre et si je répète le terme ”politique”, si je le martèle, c’est sciemment, bien entendu ; je le crie. Nous voici à la deuxième étape : ayant conservé (j’avais d’abord écrit : récupéré !) l’état démocratique, ayant, par notre volonté, élu un Président (*), qui nomme le premier ministre, donc le chef de l’exécutif (le gouvernement proprement dit), nous allons décider qui va faire les lois, donc voter pour des députés à l’Assemblée Nationale ; il faut répéter ces notions simples qui fondent notre Constitution ; La situation est aussi grave qu’avant le premier tour. Des options différentes, voire opposées, sont en présence et nos chois détermineront notre avenir dans notre vie sociale, économique, culturelle, la forme de l’Europe, dans nos alliances internationales. Cela va du SDF, du chômeur, ici en France, à l’ouvrière textile à l’autre bout du monde (car il n’y pas de bout du monde). Redoutable responsabilité !
Il nous faut donc réfléchir et agir, politiques et simples citoyens, car les politiques sont aussi en même temps des citoyens. Réfléchir, Oui, mais à quoi ? est-ce à la façon de mieux écraser l’adversaire ? à prévoir des ruses triangulaires, ou plus ? renvoyer la balle de l’autre aussitôt lancée pour le déstabiliser ? A passer son temps et user ses neurones (ceux qui restent valides), à imaginer les meilleurs coups bas, en dessous de la ceinture ? On n’ose plus trop, car de tous les camps sortent des gais politiques et moi et moi, moi aussi c’est en tétant le sein de ma nourrice que je me suis aperçu que je faisais de la politique oui, oui, déjà, Car je me débattais, je ne supportais pas les seins déjà j’étais gai,d’ailleurs, je suis sorti du sein de ma mère le plus vite possible, M’sieur, je jure, que j’étais là avant lui ! en dessous du cerveau ? Frapper bas, c’est d’abord penser bas, donc partons du
niveau le plus élevé, le cerveau.
Je me suis fait engueuler sur mail par un lecteur qui défendait énergiquement les plots que je souhaitais supprimer aux municipales (détail infime d’un vaste programme d’ensemble et qui m’écrivit : " et les plots ! Quand je sors mon chien etc, réfléchissez avant d’écrire de pareilles sottises.", je lui répondis : pensez plus loin que le bout de votre plot !
Donc le cerveau. Il est souvent remplacé par l’estomac, portefeuille (d’actions à tant faire), cœur (au sens de : émotions immédiates, fierté, sentiment de sa dignité ou passions). Mais, même si l’on s’ en tient au cerveau, on peut, comme Diafoirus, avoir appris un mode de pensée comme une leçon gravée sur le marbre et ensuite ineffaçable ; c’est tellement plus facile et confortable de réciter par cœur et d’appliquer des modes d’analyse de raisonnements préfabriqués, c’est-à-dire fabriqués avant vous et avant examen, un examen auquel on ne vous a nullement invité..
Il y a aussi le poumon. Mais ce peut être aussi le muscle, ou l’énergie vitale : que le meilleur gagne!, l’égalité des chances, la tarte à la crème actuelle si l’on ose ainsi parler, et si la chance c’est-à-dire les changements économiques, les emplois, la justice sociale, le logement vous passent sous le nez, tant pis pour vous, les lents, les maladroits, les licenciés, les laissés pour compte. Ce ne sont en fait que des paresseux qui refusent de travailler, mais oui madame. On a beaucoup parlé de travail ces temps derniers. Cette odeur nauséabonde de régime de Vichy ? oui, celle-là même : il faut se pincer le nez, et il fallait commencer plus tôt au lieu de se réveiller en sursaut de son utopie de sa légèreté, de son insouciance de son aveuglement. On est passé bien près. Et je vais me faire huer, mais, cela m’est complètement égal, je tiens à l’écrire, les manifestations ne sont rien sans l’acte politique, qui l’accompagne, dont au minimum le vote, donc sans une information sérieuse sur ce sujet rébarbatif, oui, nous sommes dans un régime
représentatif, mais il nous faut entrer davantage en politique, surveiller encourager ou dissuader, accompagner, essayer de comprendre l’action des gouvernants. Même si l’alternance a joué en votre défaveur, jouer le jeu démocratique ; et aussi créer et maintenir des liens et non s’en laver les mains.
Et, quand on arrive au niveau des pieds, c’est- à -dire de (et à) l’être humain marchant pour aller au travail, à ses amours , à une simple promenade, on risque de buter sur les SDF, les Roumains, les gitans ou les crottes de chiens, et quelques politiques ne sont pas à l’aise dans la foule ou trop à l’aise ; il faut que, chaque fois, un être humain rencontre un être humain, et ce ne ne doit pas être une tactique, ni une habileté ni un don, mais un vis à vis (faut-il rappeler le sens : visage à visage). Se respecter, respecter les autres et se faire respecter, et dans cet ordre-là.
Mais revenons aux choses urgentes, celles qui n’attendent pas parce qu’elles se produisent à des dates fixées par la constitution, et qui sont les législatives ; tout le monde j’espère, a appris les règles des élections, les cours de politique s’étant donnés spontanément dans les lycées les écoles, par des profs courageux et à la demande parfois des élèves ,et au risques et périls des uns et des autres : on ne va pas faire cours ce matin, on va parler politique. Ailleurs, dans les halls d’immeuble, dans les cours, des squares, dans les salles d’attente, oui, ça s’est produit. Mais est-ce que ça va continuer, est-ce que ça va faire sens, conduire à des choix réfléchis, pondérés, féconds, dignes d’ êtres humains conscients ?
On voit des analyses sérieuses dans les grands quotidiens, oui, c’est exact, la télé donne parfois des débats de fond, sur des livres, mais il en faudrait assez pour que les électeurs moyens (ce qui ne veut surtout pas dire médiocres, mais seulement non professionnels de la culture ou de l’économie ou de la politique) aient une vue d’ensemble des choses avec les grands choix, leurs avantages leurs limites leurs conséquences et leurs inconvénients. Il faudra à long terme une éducation qui ne soit pas de propagande mais qui donne des outils, des références, des grilles de lecture, pour percevoir l’interprétation de l’information, rendre l’électeur potentiel non seulement intéressé mais plus, encore loyalement informé, et non méprisé ou moqué.
Il n’y a pas en France que des cadres supérieurs ou moyens, il y a, n’en déplaise aux détracteurs (je déteste le snobisme et l’affectation d’une certaine intelligentzia française, je l’ai dit et écrit mais il faut le épéter) qui ricanent insolemment et bêtement quand on prononce ces mots ,il y a des ouvriers, petits employés, petits artisans, postiers, instituteurs, ouvriers agricoles, artisans, des classes pauvres, autant que moyennes, ou que des cadres. Il y a, en France un mépris insupportable des économistes et financiers PDG et spécialistes de tout poil (pensant), détenteurs de titres prestigieux qu’on lit au bas de leurs articles, pour toutes ces fourmis que nous sommes : des marchandises, non là aussi on a changé les termes, nous voilà devenus des” ressources humaines”, Indispensables pour fabriquer les produits, moins commodes que des robots, mais on va y arriver, et puis il y aura encore longtemps les immigrés du tiers-monde. Vu qu’ils font beaucoup d’enfants à leurs femmes, on en a encore pour un bon bout de temps. Et en plus, beaucoup travaillent à domicile, dans leurs pays sous développés, la mondialisation quelle bonne trouvaille ; Mais depuis quelque temps que de bruit !, de mon temps, les domestiques savaient se tenir à leur place.
Bon, où voulez-vous en venir ? à ceci qui est très clair : Les politiques doivent de toute urgence cesser de se battre comme des brutes (on ne sait plus quelle comparaison employer) à la veille des législatifs, par médias interposés. Vu dans un libé des derniers jours, des articles virulents de personnalités de gauche s’en donnant à cœur joie pour démolir les premières annonces de leurs rivaux au pouvoir ; un vrai jeu de massacre.
En fait la gauche vient de refiler le bébé bien embarrassant social et politique français européen et international à la droite. A peine leurs cartons enlevés (la droite avait fait pareil en 81 (j’avais eu l’occasion d’aller dans quelques ministères avec le Cuarh), et l’on m’avait montré les placards vides de tout dossier ; sans doute chacun y a t-il pris goût, c’est donc la guerre des cartons comme il y a eu la guerre des billes ou des boutons), elle tombe donc, sans reprendre son souffle, sur la droite, à bras raccourcis ; un des adversaires communs apparemment hors jeu, Le Pen et Mégret, les siamois, on retrousse les manches et l’on repart de plus belle, sans tenir compte de la situation réelle. Celui qui est battu a droit à tous les coups. Les médias regardent rigolent en remettent sourire narquois en coin, en clignant de l’œil comme s’ils connaissaient la carte de l’adversaire à abattre. Il n’y a plus aucune mesure dans cette bataille de caniveau qui fait rage. D’un côté les ricanements aigris d’Arlette " ah ! vous l’avez voulu, vous allez voir ce que vous allez voir ! elle s’en frottait les mains ), les rares mais perceptibles intentions à visage découvert du faux doux Besancenot, à l’autre bout, les menaces sinistres et revanchardes de gens sans aucun scrupule ni moral ni politique ni éthique de l’extrême droite; on donnera du travail nous comme ça au personnel bien français des camps de transit !
Café du commerce ou politique ? Entre les deux, il faudrait raison garder. Dans ce jeu brutal, il faut d’abord maintenir la République, c’est-à-dire la chose publique, qui nous appartient, à notre échelle, à taille humaine et historique,sans qu’on fasse pour autant du ”nationalisme” étriqué de grâce et avoir le respect dû à la fonction de Président, qui a montré qu’il pouvait avoir, qu’on le veuille ou non, et je le dis avec fermeté quitte à déplaire à beaucoup de mes amis, l’envergure d’un homme d’Etat, capable de décisions rapides, sûr de ses convictions républicaines capable de se dépasser (je l’ai déjà écrit et je me moque de me répéter, la gauche comme la droite ont eu leur part dans ”les affaires”, on en a réglé, étouffé, amnistié, on en a montés en épingle, on en a fait une arme qu’on a cru mortelle politiquement, alors cessons sur ce sujet s’il vous plaît, même si ce n’est pas réjouissant, remettons les choses dans de justes perspectives. Le chef d’état actuel peut, si nous ne le jetons pas à bas, avec un moralsime si soudain et si acharné qu’il en deviendrait suspect (cui prodest crimen faites du latin), avec un de ces mépris qui ne coûtent pas cher, mais dont les Français (alternant entre donneurs de leçons, moqueurs et frivoles) sont si friands.
Par notre soutien objectif donnons- lui, honnêtement, les moyens de rétablir un équilibre républicain durable (on se moque aussi du terme ”durable” de grâce messieurs les journalistes les jeux de mots dons, vous abusez partout sont indignes quand il s’agit de la stabilité et de l’honneur politique de notre pays.
Usons honnêtement des règles du jeu démocratique, vous n’êtes plus des gamins dans la cour e l’école(c’est d’ailleurs pour cela que parfois les femmes vous emabarrassent et c’est un beau coup- comme le vote des femmes qui fut accordé en 46 par de Gaulle) que ce soit ce président de droite qui ait nomme une femme ministre des armées ; cela montre un sens politique, une aptitude à la décision, à donner des signes forts et pas seulement –là je m’adresse à certaines femmes qui ne se trouvent bien que dans la contestation- une acte opportuniste.
Nous, les Mauves, nous allons aux législatives avec nos propositions dont nous ne changeons rien, dans leurs principes fondamentaux qui forment notre charte, Ceux-ci, malgré le quasi silence des médias , y compris de gauche, y compris gais, et lesbiens, jusqu’ici pleins de méfiance, qui avancent à reculons et avec circonspection,( mais on ne voudra pas manquer le train une fois qu’il sera lancé)), on voudra être parmi les premiers, commencent à être connus. Nous les enrichirons aussi des choix qui sont les nôtres dans tous les domaines législatifs.
Nous connaissons de mieux en mieux les questions qui se posent en général dans notre pays et particulièrement aujourd’hui aux citoyens , nous travaillerons avec vigueur, fermeté, constance, et toute l’intelligence dont nous serons capables, sans précipitation, pour notre part – et, si vous lisez avec attention nos propositions, vous verrez comment nous déchiffrons ce monde pour rendre la vie meilleure pour tous.
Geneviève Pastre
*cf editos N° 12 du 24 10 01 et N° 13 du 31 10 01
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